
Le décret-programme wallon du 19 décembre 2025 marque un tournant dans la fiscalité des équipements industriels. Après près de vingt ans d’exonération illimitée, la Région wallonne réduit désormais à cinq ans l’avantage fiscal sur le matériel et l’outillage neufs. Cette réforme, passée un peu sous silence, va impacter directement les décisions d’investissement des PME et leur gestion financière.
Voici ce qu’il faut retenir de cette réforme et comment adapter votre stratégie financière…
Depuis 2005, dans le cadre du Plan Marshall, tout matériel et outillage neuf acquis en Wallonie bénéficiait d’une exonération totale et illimitée de précompte immobilier. Cette mesure visait à renforcer l’attractivité industrielle de la Région en allégeant durablement la charge fiscale des entreprises. Concrètement, vos machines, équipements et installations professionnels « échappaient » à l’impôt, tant au niveau régional que pour les centimes additionnels communaux et provinciaux.
À compter du 1er janvier 2026, l’exonération de précompte immobilier sur le matériel et l’outillage neufs sera désormais plafonnée à cinq ans maximum. Cette période est censée démarrer le 1er janvier de l’année qui suit celle de l’investissement.
Au terme de cette période quinquennale, le précompte immobilier redeviendra intégralement exigible, avec tous les additionnels communaux et provinciaux.
Dans l’état de la nouvelle réglementation, il n’existe apparemment aucune possibilité de prolongation.
Cette limitation vaut également pour la taxe communale sur la force motrice. Les communes vont pouvoir à nouveau taxer les moteurs dont l’exonération quinquennale a expiré, même s’ils bénéficiaient auparavant d’une exemption régionale.
Ces équipements n’ont, en principe, jamais bénéficié d’exonération au précompte immobilier sur matériel et outillage. Ils resteront pleinement soumis au précompte immobilier et aux additionnels locaux, sans changement.
Ces biens ont profité de l’exonération illimitée pendant des années. La réforme considère que leur période d’exemption de cinq ans est révolue fin 2025. Dès l’exercice 2026, ils deviennent imposables au précompte immobilier, avec retour immédiat des centimes additionnels communaux et provinciaux. C’est probablement le poste qui alourdira le plus vos charges fiscales à court terme.
L’exonération demeure, mais dans la limite de cinq ans à compter du 1er janvier suivant l’année d’acquisition. Ainsi, un équipement acquis :
Tout matériel et outillage neuf acquis dès le 1er janvier 2026 bénéficiera d’une exonération strictement limitée à cinq ans. Cette période court à partir du 1er janvier de l’année suivant l’investissement. Passé ce délai, le précompte sera dû intégralement. L’exonération devient donc un soutien temporaire, en lieu et place d’un avantage permanent.
La première conséquence de cette réforme est comptable. Les modèles financiers et analyses de rentabilité doivent désormais intégrer cette charge de précompte immobilier qui surviendra cinq ans après chaque investissement en matériel neuf. Cette taxation future impactera les flux de trésorerie et les marges opérationnelles. Il est donc essentiel de réévaluer les projets en cours et de réviser les prévisions budgétaires pluriannuelles.
Si vous avez investi massivement entre 2005 et 2020, vous devrez vous préparer à une augmentation significative de votre précompte immobilier dès 2026. Il est prudent de réaliser un inventaire précis des équipements concernés et d’en estimer l’impact fiscal global. Pour les investissements plus récents (2021–2025), l’établissement d’un calendrier clair des futures échéances d’imposition permettra d’anticiper les flux de trésorerie et d’éviter les mauvaises surprises budgétaires.
L’exonération quinquennale reste un avantage appréciable pour les nouveaux investissements. Toutefois, pour maximiser l’attractivité financière des projets, il faudra la combiner davantage avec d’autres dispositifs de soutien régionaux (primes à l’investissement, aides à la transition écologique) ou fédéraux (déduction pour investissement, etc.), voire repenser la structure même des investissements.
Les communes et provinces vont retrouver progressivement leur pouvoir de taxation via les centimes additionnels et la taxe sur la force motrice. Il faut garder en tête que les taux varient fortement d’une commune à l’autre. Si vous exploitez plusieurs sites en Wallonie ou envisagez une nouvelle implantation, la fiscalité locale devient un critère d’analyse non négligeable.
Alors que tout le monde prône la réindustrialisation et la relocalisation de la production, il semble que nos politiques soient davantage préoccupés par leurs nouvelles dépenses et leur budget que par une politique industrielle cohérente. La réforme wallonne du précompte immobilier sur le matériel et l’outillage constitue un mauvais signal pour les nouveaux investissements.
Dans tous les cas, cette évolution législative exige une révision en profondeur des prévisions financières, des stratégies d’investissement et des planifications fiscales des PME. L’anticipation et l’adaptation sont les clés pour transformer cette contrainte réglementaire en opportunité de réflexion stratégique.