
Oui, le libre-échange augmente la taille du gâteau économique et est donc, a priori – mais sous conditions – à préférer à l’isolationnisme. Il faut cependant savoir voir que l’agenda de ceux qui, pour cette raison, annoncent une catastrophe peut ne pas correspondre à l’intérêt général.
La ligne intellectuelle la plus cohérente est de laisser les États-Unis se tirer une balle tarifaire dans le pied. Et l’Europe a bien fait de ne pas réciproquer. L’économiste Charles Wyplosz l’a dit avec conviction : il suffit d’attendre que l’inflation s’accélère aux États-Unis. Dans ce contexte, les produits américains deviendront moins compétitifs et les salaires devront augmenter, ce qui alimentera à son tour l’inflation. Les taux d’intérêt à long terme seront également poussés à la hausse, ce qui pénalisera l’activité économique américaine. Les faits l’emporteront.
Bien sûr, il n’y a pas que l’économie. Sur le plan politique, en ne ripostant pas, l’Europe s’est montrée faible et désunie, quand nous la souhaiterions forte et unie. Mais il faut aussi regarder les choses telles qu’elles sont, et notamment notre multi-dépendance envers les États-Unis, en termes de sécurité, d’énergie, de monnaie et de technologie. Il est plus facile pour les Américains de se passer de vin européen que pour les Européens de se passer des GAFAM américains.
Le relèvement des barrières douanières aura un coût économique, mais mineur. Pour la Belgique, la BNB parle d’une déperdition cumulée sur les trois années à venir de 0,25 point de PIB à peine. Néanmoins, le monde patronal belge tire la sonnette d’alarme.
Pourquoi ? Il y a deux raisons. La première est bien connue depuis Mancur Olson : on entend surtout ceux qui ont le plus à perdre, notamment les secteurs automobile et pharmaceutique, qui se mobilisent davantage et sont les plus vocaux. Il en résulte une perception biaisée de l’importance des événements dans l’opinion publique. La seconde relève d’une tactique de négociation plus brutale : on monte en épingle le coût des mesures tarifaires de Trump pour obtenir, par ailleurs, des mesures favorables aux entreprises, notamment en matière de régulation, avec une focalisation discutable sur la régulation environnementale.
Le secteur automobile thermique européen a été mauvais. Il a cherché par tous les moyens, y compris la fraude, à préserver « sa poule aux œufs d’or » et a pris un retard considérable par rapport à l’électrification. En économie libérale, celui qui n’a pas été bon doit céder la place : c’est la destruction créatrice, chère à Schumpeter et à Philippe Aghion.
Chercher à protéger l’automobile européenne constitue une grave erreur, plus encore aujourd’hui si, pour obtenir une inflexion de la Maison Blanche sur ce point, on accepte en échange des concessions pour certains produits américains. Dans le conflit commercial actuel, ce sont précisément ces logiques sectorielles et de lobbying qui sont les plus dangereuses.