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Chez eux, c'est fait; chez nous, c'est pour quand ?

Dans plusieurs pays, les banques et néobanques ne se contentent plus de financer les entreprises : elles absorbent la comptabilité elle-même, la rendant invisible dans leurs offres. Dans les pays scandinaves, les banques ont déjà capté plus de 50 % du marché des experts-comptables sur certains de certains segments. La question n'est donc plus « si » ce mouvement nous atteindra, mais comment nos cabinets s'y préparent.

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Mercredi dernier je vous faisais part de mon m'inquiétude de voir des plateformes françaises comme Qonto, longtemps partenaires des cabinets, devenir elles-mêmes prestataires comptables. En creusant ce sujet dans l’optique d’Experts sans Frontières, j'ai constaté que ces « loups » ne rôdent plus autour de la bergerie : ils s’y installent déjà, dans plusieurs pays.
Partout, Amérique latine, pays scandinaves, Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne, France — la même logique se déploie : la comptabilité n'est plus un métier à part, mais une fonctionnalité intégrée à un écosystème (banque, paiements, facturation, financement, pilotage), financée par l'ensemble des services plutôt que par la seule tenue comptable.
  • Pays-Bas : les agences disparaissent au profit du tout-numérique et de l'open banking. Les banques deviennent la plateforme centrale des flux, avec précomptabilité et export comptable intégrés à l'expérience bancaire.
  • Allemagne : les néobanques pro s'imposent au cœur de la relation financière, puis ajoutent précomptabilité, reporting et export comptable, faisant des flux financiers la colonne vertébrale de la comptabilité.
  • Royaume-Uni : les banques numériques deviennent des « hubs financiers » où comptabilité et paie s'intègrent aux flux et aux dépenses ; le dirigeant vit son quotidien dans l'appli bancaire, reléguant le cabinet au second plan.
  • France : dix mille cabinets utilisent Qonto comme partenaire de flux, pendant que celui-ci rachète un cabinet de 1 500 clients. Les banques intègrent scan de pièces, rapprochement automatique, TVA et tableaux de trésorerie dans leurs offres.
  • Pays scandinaves : les banques ont déjà capté plus de 50 % du marché des experts-comptables sur certains segments (petites structures, comptabilités de trésorerie), et marginalisant les cabinets restés sur les seules prestations normées.
Ce mouvement, observé de la France aux pays scandinaves, rejoint ce qui émerge en Belgique : rapprochements entre banques et plateformes, intégration de la création d'entreprise, des paiements et d'une comptabilité simplifiée (Start for Free, partenariats bancaires-RH-tech).
En résumé, la vraie rupture n'est pas d'abord technologique (IA, dématérialisation) mais économique : pendant que nous optimisons la comptabilité d'hier, d'autres redessinent la chaîne de valeur pour rendre la comptabilité invisible, diluée dans un écosystème plus large.
Le loup est-il entré dans la bergerie ? À l'étranger, il dévore déjà à pleines dents. La question n'est donc plus de savoir si cela nous concernera, mais quand , et si nous choisissons de nous battre sur la tenue traditionnelle, terrain où les banques sont structurellement plus fortes, ou de déplacer le centre de gravité de nos cabinets vers ce qui ne pourra jamais être une simple « fonctionnalité » : le conseil et la relation avec le dirigeant.
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