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Belgique: assez de bricolages, libérons enfin le capital productif

Il faut lire le remarquable éditorial d’Olivier Mouton, qui donne notamment la parole à Emmanuelle Ghislain et à moi. Derrière l’appel à l’entrepreneuriat se cache une urgence autrement plus brutale : nous sommes entrés dans une économie de croissance quasi nulle, aggravée par le vieillissement de la population.

C’est une donnée démographique qui frappe un vieux continent, surendetté, suradministré et désormais exposé à tous les dommages collatéraux du monde en matière de compétitivité.


Dans ce contexte, continuer à bricoler relève de l’inconscience. Quand j’avais 22 ans, j’ai consacré mon mémoire aux actions Monory-De Clercq. L’idée était simple : donner un avantage fiscal clair à quiconque acceptait d’investir directement son épargne dans le capital des entreprises. Le dispositif fut prestement liquidé par des responsables qui, manifestement, n’en avaient pas compris la portée économique. Quarante ans plus tard, nous n’arrivons même pas à réinventer laborieusement ce qui existait déjà.

Et voici maintenant les fameux « comptes suédois ». Une nouvelle tuyauterie fiscale, administrative et politique censée réveiller une épargne qui « dormirait » dans les banques. Mais l’argent déposé dans une banque ne dort pas. Il finance des crédits aux ménages et aux entreprises, il alimente les bilans bancaires, et les institutions financières financent elles-mêmes massivement l’État belge. Il est assez stupéfiant qu’un ministre des Finances puisse parler de cette épargne comme d’une masse économiquement inerte.

Arrêtons aussi de mélanger capital, rente, épargne et entrepreneuriat dans une même soupe idéologique. C’est le grand travers de certains discours sur la « taxation du capital ». Taxer indistinctement « le capital » au nom de bons sentiments revient précisément à ne rien comprendre à sa nature.

Le problème belge n’est pas un manque d’épargne. C’est un manque de capital à risque, de fonds propres, d’investisseurs prêts à accompagner les entreprises et d’incitatifs suffisamment simples et stables pour les y encourager.

Les jeunes entrepreneurs le disent. Les quadragénaires le disent. Et, à 65 ans, je répète exactement ce que j’écrivais à 22 ans.

Pas par des névroses politiques de ceux qui prennent chaque microphone pour une estrade et chaque idée improvisée pour une réforme.

Je parle de femmes et d’hommes politiques capables de s’obliger, de se contraindre, de rechercher la stabilité, le sérieux et la lisibilité. Des règles simples, durables et compréhensibles. Une fiscalité qui distingue la rente du risque entrepreneurial. Un encouragement massif et stable à l’investissement en fonds propres.

Olivier Mouton, édito, rédacteur-en chef adjoint Trends tendances

https://trends.levif.be/opinions/edito/nous-sommes-tous-des-entrepreneurs/

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