• FR
  • NL
  • EN

Le contrôle fiscal préféré de l’administration n’a rien à voir avec la fraude. C’est celui du bien immobilier logé dans votre société.

Le sermon est toujours le même : « Vous ne pouvez déduire que l’avantage taxé dans votre chef, le reste est un cadeau que vous vous êtes fait ». Des dirigeants se sont couchés devant cet argument. Beaucoup ont payé un redressement qu’ils ne devaient pas.

La Cour de cassation vient de dire que ce sermon est faux.

Votre société a acheté l’appartement de Knokke. Le fisc n’a pas mis longtemps à réagir.ATN taxé dans votre chef. Frais réels refusés au-delà. Un classique du contrôle fiscal des dirigeants.

Le 18 juin 2026, la Cour de cassation a mis fin à cette pratique (F.25.0003.N).

Le principe légal est simple. L’article 53, 9°, CIR92 interdit par défaut la déduction des frais liés à une résidence de plaisance ou d’agrément.

Deux portes de sortie : prouver une nécessité professionnelle stricte, ou faire taxer l’avantage dans le chef du dirigeant qui en profite.C’est la seconde option qui était attaquée.L’administration avait un argument qui semblait imparable : les frais ne sont déductibles « que dans la mesure où » ils sont couverts par l’avantage taxé. Donc plafond = montant de l’ATN. Le reste, non déductible.

Logique. Mais faux.La Cour de cassation tranche : rien dans la loi n’exige une correspondance exacte entre le montant des frais réels et celui de l’avantage forfaitaire. Aucun plafond légal.Sur le principe, la déduction n’est plus enfermée dans le montant de l’ATN.

Maintenant, la partie que tout le monde va oublier de vous dire.

La théorie de la rémunération ne se résume pas à cocher une case ATN. Elle exige de prouver que cet avantage a été octroyé en contrepartie de prestations réellement fournies par le dirigeant. Un avantage sans lien démontrable avec un travail effectif n’est pas une rémunération. C’est une libéralité déguisée, et l’administration le requalifiera comme telle.

Cette preuve ne se construit pas le jour du contrôle. Elle se construit au moment de la dépense : décision motivée de l’organe de gestion, lien explicite avec les fonctions exercées, cohérence avec la rémunération globale du dirigeant, traces contemporaines de l’octroi.

Reconstituer un dossier trois ans plus tard, sous la pression d’un contrôleur, c’est plaider une cause perdue d’avance.

Cet arrêt règle un point précis : pas de plafond mécanique entre les frais et l’ATN. Il ne règle pas la question de fond, celle qui décide en réalité de l’issue d’un contrôle : votre dossier prouve-t-il que cet avantage rémunère un travail réel ?

On a gagné une bataille sur le principe de la déductibilité. Pas la guerre de la déduction.

La vraie question à vous poser n’est pas « puis-je déduire les frais ? »

C’est « mon dossier prouve-t-il, aujourd’hui, que cet avantage rémunère un travail réel ? »

Tout part de là.


Mots clés