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Quand l’IA court-circuite les cabinets de conseil

Il y a 4 ans, officiant dans un cabinet de conseil, un des associés m'a asséné qu'avec l'IA, il suffirait de "connect the dots". Ouais...Cela résonne encore en moi.

Une concurrence nouvelle pour les cabinets de conseil

Je lis dans le Financial Times qu’Anthropic s’associe au fonds Hg pour lancer une société européenne de conseil en intelligence artificielle. Cela annonce pourtant une concurrence singulière : les concepteurs de l’IA vont accompagner eux-mêmes les entreprises dans son utilisation, en court-circuitant les intermédiaires qui espéraient en tirer des honoraires.

Un modèle économique fondé sur le temps humain

Depuis des décennies, les grands cabinets organisent leur rentabilité autour d’une pyramide humaine. À sa base, de jeunes diplômés effectuent des travaux, dont la facturation finance les étages supérieurs. Au sommet, les associés entretiennent la relation commerciale et engagent la réputation de leur maison. Ce modèle rémunère une expertise, bien sûr, mais aussi le temps indispensable à sa production.

Or ce temps s’effondre. Une synthèse, une comparaison sectorielle, l’examen de documents ou une première analyse mobiliseront moins de collaborateurs. Ceux qui annoncent à leurs clients des gains de productivité devront en assumer les conséquences sur leurs propres revenus.

Point économique

Car une heure économisée grâce à l’IA constitue, dans une activité fondée sur les prestations humaines, une heure qui risque de ne plus être facturée.

Le jugement demeure, mais ne suffit pas

On objectera que le jugement demeure irremplaçable. Encore faut-il distinguer ce qui relève d’une appréciation véritablement singulière de la restitution, sous une présentation coûteuse, de connaissances désormais accessibles. Le prestige d’une enseigne protégera, quelque temps, les honoraires. Il ne suffira guère à préserver des prestations dont le client mesurera lui-même le coût décroissant.

La spécificité de l’audit

L’audit appelle une nuance essentielle. La certification des comptes suppose une indépendance et une responsabilité que nul logiciel n’endosse. Mais cette disposition légale ne garantit en rien le maintien des effectifs consacrés aux vérifications préparatoires. La signature subsistera, tandis que son assise économique pourrait se contracter.

Un risque pour le renouvellement des professions

C’est d’ailleurs là qu’apparaît une difficulté plus profonde. En réduisant le recrutement des débutants, ces professions tariraient leur propre renouvellement. L’expérience procède d’un apprentissage, parfois ingrat, au contact des dossiers. Comment former les associés de demain si les tâches qui leur permettent d’acquérir leur métier disparaissent aujourd’hui ?

Une adaptation aux conséquences incertaines

Je ne prédis donc pas la disparition de ces maisons. Je m’interroge sur la pérennité d’une organisation qui transforme du temps humain en honoraires, au moment précis où ce temps perd sa rareté. Leur adaptation pourrait coûter cher à toute une génération de diplômés, avant même que les associés en éprouvent les conséquences.

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