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L'edito. Kairos, la profession comptable face à l'instant qui décide

Il existe, dans la mythologie grecque, deux dieux du temps. Chronos, celui qui s'écoule. Et Kairos, le moment juste, celui qu'il faut savoir saisir. La profession comptable et fiscale belge a longtemps vécu sous Chronos. L'arrivée massive de l'intelligence artificielle et le passage à la facture électronique B2B obligatoire au 1er janvier 2026 ouvrent un autre temps. Celui de Kairos. Et l'OECCBB choisit, avec ses membres, de le saisir.

Sous le règne de Chronos, nous avons regardé venir

Chronos, d'abord. Le temps qui s'écoule. Celui des agendas, des échéances, des procédures, des habitudes parfois. Le temps qui avance, inexorablement, pendant que l'on analyse, que l'on hésite, que l'on reporte.

Et puis il y a Kairos. L'instant juste. Le moment où il faut agir. Celui que l'on ne voit pas toujours venir, mais qu'il faut savoir saisir lorsqu'il se présente — sous peine de le regretter longtemps.

Pendant longtemps, notre profession a vécu sous le règne de Chronos. Nous avons vu les mutations arriver — la digitalisation, l'intelligence artificielle, la facture électronique, la recomposition du rôle des experts-comptables et des conseillers fiscaux. Nous avons parfois attendu. Observé. Espéré, peut-être, que le mouvement ralentisse. Ou qu'il passe.

Mais l'histoire ne ralentit jamais vraiment.

Elle ne nous a pas attendus. Elle a fait son chemin : dans les outils, dans les attentes des clients, dans les obligations réglementaires européennes, dans la manière même dont les jeunes professionnels imaginent leur métier. Nous avons parfois cru que la prudence suffirait à protéger la profession. Nous avons découvert qu'elle ne protégeait plus rien — sinon le retard.


Ne rien regretter, ne jeter aucune pierre

Faut-il pour autant regretter ? Non. Et surtout — ne jetons aucune pierre. Chaque époque a ses résistances, ses doutes, ses prudences. Elles sont humaines. Elles traduisent souvent une volonté sincère de protéger une profession que nous aimons profondément, et dont nous mesurons chaque jour la dignité technique et la responsabilité sociale.

Nos anciens ont bâti une discipline rigoureuse, un cadre déontologique solide, une parole reconnue par les administrations et par les juridictions. Cette assise, qu'aucune machine ne reproduira, est notre point de départ. Ce n'est pas elle qu'il faut renier ; c'est sur elle qu'il faut s'appuyer pour avancer.

Mais aujourd'hui, quelque chose change. Et ce changement ne vient pas d'en haut. Il monte du terrain. Il monte de vous.


Parce que c'est vous qui nous l'avez demandé

Parce que les cabinets parlent. Parce que les professionnels du chiffre veulent une institution qui regarde les réalités en face — sans fermer les yeux. Parce qu'ils veulent un Ordre qui n'accompagne pas le changement avec retard, mais qui aide à le construire.

C'est précisément ce que nous choisissons de faire à l'OECCBB. Et — il faut le dire clairement — c'est aussi ce que nous avons choisi de faire à l'ITAA. Parce que Kairos ne se laisse pas saisir à moitié. Parce qu'on ne capte pas l'opportunité d'un instant en agissant à un seul endroit, pendant qu'ailleurs on diffère.

Nous nous sommes battus pour porter ces valeurs partout — au sein de notre Ordre, au sein de l'Institut professionnel national, dans la concertation avec les administrations, dans le dialogue avec les éditeurs et avec les écoles. Non par appétit institutionnel, mais par cohérence : la profession est une. Ses défis sont communs. Ses réponses doivent l'être aussi.

Agir pour vous. Agir avec vous. Agir partout. Agir maintenant.


Non pas dans une logique de rupture brutale, mais dans une logique d'ouverture et de lucidité. Avec une conviction simple : les transformations qui inquiètent peuvent aussi devenir des opportunités extraordinaires — à condition de cesser de les subir, et de commencer à les façonner.

Cela suppose d'investir, ensemble, ce que nous savons faire de mieux : porter la parole de la profession là où elle se décide, outiller la formation continue, documenter les bonnes pratiques, et défendre une exigence — la nôtre — auprès des administrations comme auprès des éditeurs de logiciels. L'Ordre ne sera utile à ses membres que s'il assume, sans tergiverser, ce rôle d'éclaireur et de négociateur.


Kairos, ce sont aussi des portes : IA et facture électronique

L'intelligence artificielle n'est pas nécessairement une menace pour notre profession. Elle peut devenir un levier pour redonner du temps à l'intelligence humaine — au conseil, à l'accompagnement stratégique, à la proximité avec nos clients. Là où notre valeur ajoutée se construit vraiment.

La facture électronique B2B, qui devient obligatoire en Belgique le 1er janvier 2026, n'est pas seulement une contrainte administrative supplémentaire. Elle peut devenir une porte d'entrée vers des cabinets plus fluides, plus modernes, mieux armés pour demain. À condition que nous l'ouvrions ensemble — méthode, formation, outils, accompagnement.

Ces deux portes — l'une technologique, l'autre réglementaire — n'ouvrent pas sur le même horizon, mais elles obligent à la même décision. Acceptons-nous de réorganiser nos cabinets ? D'élever nos collaborateurs vers les missions de conseil ? De redéfinir, parfois, le périmètre de nos honoraires ? Ces questions ne sont plus prospectives. Elles sont sur la table.

Encore faut-il choisir de saisir ce moment.


Saisir Kairos, ensemble

Chronos analyse. Kairos décide.

Le rôle d'un Ordre n'est pas de regarder le temps passer. Il est de reconnaître les instants qui comptent et d'aider ses membres à les transformer en avenir. C'est ce moment que nous voulons ouvrir aujourd'hui — non pour décréter une rupture, mais pour orienter une marche commune. Avec lucidité, avec exigence, et avec confiance dans ce que notre profession sait faire de mieux : éclairer, garantir, accompagner.

Kairos est là. Il ne reviendra pas deux fois. Ouvrons-le ensemble.

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