
Une Bitcoin Treasury Company est une entreprise cotée en bourse dont l’activité principale consiste à accumuler massivement du bitcoin comme réserve stratégique. Le fonctionnement repose sur trois étapes : lever des fonds via des actions ou des obligations, acquérir du BTC en grande quantité, puis le conserver à long terme en pariant sur son appréciation.
L’objectif affiché : augmenter progressivement la quantité de bitcoin par action, créant un effet de levier pour les actionnaires. Strategy (anciennement MicroStrategy) et Bitcoin Society sont les représentants les plus connus de ce modèle.
Ce que le cadre comptable belge change à l’équation
En Belgique, l’Avis CNC 2021/6 régit le traitement comptable des crypto-actifs. Les principes sont clairs : les crypto-actifs sont traités comme des actifs incorporels, valorisés initialement au coût d’acquisition, selon le principe du coût historique.
Conséquences concrètes :
Ce cadre rend le modèle des Treasury Companies peu adapté à la réalité comptable belge.
L’effet de levier repose sur deux concepts :
Cet effet n’est vertueux que si le marché accepte durablement une prime (mNAV > 1). Dans ce cas, émettre de nouvelles actions permet d’acheter du BTC à un coût inférieur à sa valeur de marché — ce qui dilue les nouveaux entrants au profit des anciens actionnaires. Il s’agit d’un transfert de richesse, pas d’une création structurelle de valeur.
La condition sine qua non : que la prime se maintienne et que la performance du BTC dépasse le coût du capital. Ces deux conditions doivent être réunies simultanément et durablement.
Pour l’investisseur belge, la question centrale est simple : l’exposition directe au bitcoin reste généralement plus efficace qu’un habillage corporatif sophistiqué. Les frais structurels des sociétés cotées (gestion, administration, audit, communication financière) réduisent mécaniquement la performance nette.
Investir dans une Treasury Company ajoute une couche de complexité — et de coûts — sans nécessairement ajouter de valeur, sauf dans des configurations fiscales ou institutionnelles très spécifiques.
Le modèle des Bitcoin Treasury Companies reste peu attractif en Belgique en raison des contraintes comptables prudentes et de l’absence de reconnaissance des plus-values latentes. Avant de s’y engager, il vaut la peine de se poser la question fondamentale : pourquoi ne pas détenir directement le sous-jacent ?