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Belgique. Il faut se préparer à une hausse de nos impôts!

La situation budgétaire belge se détériore. Ce constat n’est pas idéologique : il ressort des projections de la Banque Nationale, du Bureau fédéral du Plan et du Comité de monitoring. Le déficit public resterait durablement supérieur à 5 % du PIB, tandis que la dette publique se rapprocherait de 120 % du PIB au début de la prochaine décennie.

La Belgique n’est donc pas seulement confrontée à un déficit annuel. Elle est confrontée à un problème de soutenabilité de son modèle public. Le vieillissement accroît les dépenses de pensions et de soins de santé. L’indexation automatique rigidifie les dépenses. La charge d’intérêts absorbe une part croissante des ressources. Les recettes, elles, ne progressent plus au rythme des besoins de financement.C’est dans ce contexte qu’il convient d’analyser la trajectoire budgétaire fédérale. Elle repose sur des économies, des réformes du marché du travail et des effets de retour attendus. Cette logique est défendable si elle reste prudente. Elle devient problématique si elle conduit à comptabiliser trop tôt des recettes incertaines.

Or les projections récentes suggèrent que ces effets de retour ont été surestimés. La croissance ralentit, la consommation des ménages s’affaiblit, certaines mesures sont reportées ou réduites, et plusieurs recettes temporaires disparaissent. Le rendement réel des réformes sera donc probablement plus faible, plus lent et plus incertain que prévu.

Cela ne signifie pas que les réformes sont inutiles. Cela signifie qu’elles ne suffiront pas. La Belgique ne corrigera pas un déficit supérieur à 5 % du PIB uniquement grâce à des hypothèses de croissance, des économies administratives ou une hausse attendue du taux d’emploi.

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Il faudra évidemment réduire certaines dépenses, mieux cibler les transferts, revoir des politiques inefficaces et simplifier les structures publiques. Mais les grandes masses budgétaires se trouvent dans les pensions, les soins de santé, la sécurité sociale, l’enseignement, les rémunérations publiques et les transferts aux entités fédérées. Les réduire fortement reviendrait à toucher directement au modèle social belge.

Il faudra donc parler des recettes. En termes directs, les Belges doivent se préparer à des hausses d’impôts, ou à tout le moins à un élargissement des bases imposables. Ce débat sera difficile, mais il devient économiquement inévitable.

La Belgique taxe déjà fortement le travail. Une hausse indifférenciée de l’impôt des personnes physiques serait donc une mauvaise réponse. Il faudra plutôt identifier les bases contributives qui peuvent être mobilisées sans affaiblir l’emploi, l’investissement et la compétitivité : niches fiscales, régimes préférentiels, dépenses fiscales insuffisamment justifiées, certains revenus du capital et fiscalité patrimoniale.

Ce débat ne doit pas être confondu avec une hostilité envers le capital productif, qui finance l’investissement, l’innovation et l’emploi. Mais une économie qui taxe fortement le travail tout en fragmentant la fiscalité du patrimoine devient difficilement soutenable lorsque la dette publique remonte à environ 120 % du PIB.

Le choix réel est donc le suivant. Soit la Belgique accepte une dégradation progressive de son modèle social : prestations moindres, services publics sous-financés, pression accrue sur les ménages et montée des inégalités. Soit elle assume une hausse ciblée des impôts, en veillant à préserver le travail, l’investissement productif et la compétitivité.

Ce choix doit être formulé clairement. La poursuite du modèle social belge requiert un financement. Si ce financement n’est pas assuré par une croissance suffisante, il doit l’être par des recettes supplémentaires ou par une réduction du périmètre de l’État social. La dette ne peut plus servir indéfiniment de mécanisme d’ajustement. Elle est déjà trop élevée, et son coût augmente.

Le débat public belge doit donc sortir d’une double illusion : celle d’un assainissement sans douleur et celle d’un État social intégralement préservé sans recettes nouvelles. Ces deux propositions sont incompatibles avec les chiffres. À politique inchangée, le déficit reste trop élevé. À fiscalité inchangée, les économies nécessaires seront socialement très lourdes. À dépenses inchangées, la hausse de la dette deviendra de moins en moins soutenable.

Les Belges doivent donc se préparer à des hausses d’impôts. Elles ne seront acceptables que si elles sont lisibles, ciblées, équitables et assorties d’un effort réel en matière de dépenses. Mais elles deviennent l’une des conditions de maintien du modèle social belge. L’alternative n’est pas entre impôts et absence d’impôts. Elle est entre des impôts assumés, organisés et économiquement cohérents, et une dégradation progressive, non dite, du modèle social.

C’est désormais le cœur du choix budgétaire belge : financer explicitement la solidarité ou la réduire implicitement.

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Publié le 17 Jul 2026 à 04:00
Lecture de 4min