« Skip That Shit »: un nouveau tempo pour l’expertise comptable ?

Avec la campagne « Skip That Shit », l’ITAA cherche à dépoussiérer l’image de la profession d’expert-comptable et conseiller fiscal. Un coup de projecteur inédit, mêlant musique techno, culture digitale et discours de rupture. Derrière ce slogan provocateur, une ambition louable : séduire les jeunes générations en quête de sens, d’impact et d’innovation.

Mais si l’initiative divertit, qu’en est-il de sa portée et de son intérêt réels ?


Quel est l’objectif de cette campagne ?

L’ITAA souhaite renouer le dialogue avec les jeunes et redonner à la profession une image en phase avec les attentes contemporaines. Trop souvent perçue comme rigide, rébarbative ou dépassée, l’expertise comptable souffre d’un manque d’attrait auprès des étudiants.

Avec « Skip That Shit », l’Institut affiche clairement sa volonté de casser les codes. Un slogan qui interpelle, un morceau techno composé par Amber Broos, une mise en scène dynamique… tous les ingrédients du marketing génération Z sont réunis pour capter l’attention.


En quoi cette campagne se distingue-t-elle ?

La singularité du projet réside dans son ton, résolument décalé pour un institut professionnel.

Plutôt qu’un discours académique, l’ITAA mise sur l’émotion et l’identification :

  1. Une bande-son électro qui symbolise l’évolution de la profession vers davantage de rythme, d’agilité et de créativité ;
  2. Une vidéo immersive, où la répétitivité cède la place à l’énergie et au mouvement ;
  3. Un message clair : « l’avenir de l’expertise comptable change de rythme ».

Selon Bart Van Coile, président de l’ITAA, ce changement d’ambiance traduit la mutation profonde de la profession, aujourd’hui tournée vers le conseil, la stratégie et la technologie.


Est-ce à la hauteur des enjeux ?

Sur le fond, le message est pertinent : la profession évolue, portée par la digitalisation, l’automatisation et l’intelligence artificielle. Les tâches routinières se réduisent, laissant plus de place à l’analyse, à la relation client et à l’impact stratégique.

Mais sur la forme, le contraste entre la radicalité du slogan et la réalité quotidienne des cabinets pourrait en dérouter certains. Le risque est de créer un décalage entre l’image promue et le vécu professionnel réel.

Nous restons en attente d’une vision plus construite et durable pour traduire cette transformation sur le terrain : contenu des études, accompagnement des jeunes, reconnaissance sociale, équilibre vie pro/vie perso, etc.

Pouvons-nous transformer notre attractivité avec un seul son? Devons-nous choquer avec une rupture? Est-il utile d'opposer le passé , le présent et le futur, d'autant qu'une bonne partie de nos cabinets sont encore loin du futur annoncé. Promesse ou mépris?


Et maintenant ?

Notre souhait est donc d'espérerque cette campagne ne soit pas qu’un feu d’artifice communicationnel.

Attirer les jeunes, c’est bien. Les convaincre, les former, les fidéliser, c’est mieux. Le vendre la réalité, l'idéal.

L’ITAA semble vouloir impulser un changement de rythme. À condition de ne pas rester à la surface. Les prochains mois seront cruciaux pour vérifier si cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus globale de valorisation du métier – auprès des jeunes, mais aussi des employeurs, enseignants et institutions.

L'OECCBB fait souvent offre de services pour contribuer, dans sa dynamique nouvelle, à ce mouvement d'attraction. L'ITAA saura-t-elle l'entendre?

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