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Quand la chimie sonne l'alarme!

Envalior, Arlanxeo, BASF, TotalEnergies, ExxonMobil, Vioneo, Vynova, Domo Chemicals, Agfa-Gevaert... La liste des entreprises chimiques ayant annoncé de mauvaises nouvelles ces dernières années ne cesse de s’allonger. Et il ne semble pas qu’une amélioration rapide soit en vue.


Chiffres dramatiques

En Europe, la chimie est sous pression depuis longtemps, et il en va de même dans notre pays. La valeur ajoutée du secteur en 2024 était inférieure de 20 % à celle d’il y a dix ans. Nous enregistrons ainsi un recul comparable à celui de la France (-24 %), mais nettement plus marqué que celui de l’Allemagne (-11 %) et des Pays-Bas (-2 %). En moyenne, l’activité de la chimie européenne a diminué de 10 % sur cette période, la chute étant surtout concentrée ces dernières années.

Le facteur déterminant est le choc énergétique. Depuis la disparition du gaz russe bon marché, le coût de l’énergie pour les entreprises industrielles en Europe est multiplié par rapport au reste du monde. Pour les industries à forte intensité énergétique, dont la chimie, ce handicap s’avère trop lourd. Il s’ajoute aux problèmes classiques comme les difficultés d’obtention des permis, l’incertitude liée à la transition durable, la forte concurrence chinoise…

Et il ne semble pas y avoir d’amélioration immédiate. La confiance des entrepreneurs dans la chimie belge reste profondément négative. Pour l’ensemble du secteur, les chefs d’entreprise évaluent la situation plus pessimiste qu’en période de fortes crises antérieures, telles que la crise du coronavirus ou la crise financière de 2008. Dans la chimie de base, la confiance des entrepreneurs évolue depuis près d’un an autour d’un record historique de faiblesse. Cela laisse penser que d’autres mauvaises nouvelles sont à prévoir dans le secteur.


Scénario d’extinction ?

Cependant, jusqu’à récemment, les investissements dans la chimie en Belgique ont continué d’augmenter. Depuis 2010, ils ont plus que doublé en volume, alors même que l’activité diminuait, avec même une accélération entre 2022 et 2024. Il s’agissait sans doute en grande partie d’investissements en efficacité énergétique et en durabilité. Beaucoup des projets d’investissement réalisés récemment avaient toutefois été décidés précédemment.

Ce qui est préoccupant dans les informations récentes, c’est que de nombreux projets d’investissement sont annulés. La confiance historiquement basse des entrepreneurs laisse entendre que de nouveaux projets ne sont pas à prévoir dans l’immédiat. Cela compromet les perspectives d’avenir du secteur. Pour des parties importantes de la chimie, et surtout la chimie de base, le risque d’un scénario d’extinction est réel. Ce serait un drame pour notre prospérité future.

La chimie n’est certes plus le secteur principal de notre industrie, comme c’était le cas dans les années 90 (aujourd’hui dépassée par la pharma), mais elle demeure un secteur crucial. La chimie représente toujours 14 % de l’activité industrielle, reste un secteur à haute productivité et constitue la base de nombreuses autres activités. En théorie, ce rôle pourrait être repris par d’autres activités, mais en pratique cela paraît quasi exclu. De plus, il faut aussi tenir compte du rôle stratégique de la chimie dans l’économie européenne.


Un avenir pour la chimie européenne

Entre-temps, la gravité de la situation semble enfin être reconnue à différents niveaux politiques. L’objectif principal doit être de réduire autant que possible le handicap énergétique par rapport au reste du monde (même si une suppression complète prendra du temps). Augmenter les investissements dans notre système énergétique et une meilleure coordination du marché de l’énergie au niveau européen sont indispensables. Par ailleurs, il est évidemment nécessaire de s’attaquer aux handicaps classiques, notamment par une facilitation des procédures d’octroi des permis, une réglementation plus pragmatique, et une diminution des charges. Un soutien spécifique à la transition durable est aussi indispensable, celle-ci devant devenir un atout pour notre industrie (et donc aussi pour la chimie). Cette démarche doit être couplée à des critères durables pour les importations sur le marché européen. Enfin, il est important que l’Europe conserve, au moins dans une optique d’indépendance stratégique, un large pôle chimique. Dans ce contexte, il y a beaucoup d’arguments en faveur de la concentration de ce pôle autour du cluster existant à Anvers.

Des opportunités demeurent pour la chimie en Europe. Mais des efforts seront nécessaires. Et c’est urgent.

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