Imaginez une entreprise où les intérêts des salariés et des actionnaires convergent naturellement.
Une entreprise où chaque collaborateur se sent concerné par les décisions stratégiques et participe directement aux succès qu’il contribue à créer. C’est précisément l’objet de la proposition de loi – passée un peu inaperçue – déposée à la Chambre le 23 septembre dernier.
Cette proposition de loi entend créer un nouveau régime fiscal et social pour l’actionnariat salarié en Belgique, en ouvrant la voie à une révolution silencieuse dans le monde de l’entreprise.
En résumé, on peut dire que le cadre fiscal belge actuel, avec sa lourde taxation des revenus du travail (jusqu’à 50% d’imposition), constitue un des obstacles majeurs au développement de l’actionnariat salarié.
Les dispositifs existant, censés encourager cette optique, présentent de sérieuses limitations qui peuvent être résumées très brièvement comme suit :
À ce niveau, normalement, il n’y a aucune imposition puisqu’il n’y a, en principe, aucun avantage de toute nature octroyé pour une acquisition à prix de marché. Par contre, cela nécessite un investissement personnel important, souvent inaccessible à la plupart des salariés.
Ce régime est soumis à la taxation des avantages de toute nature.
Il s’agit d’un régime limité aux sociétés cotées, excluant les PME et startups.
Ce système, qui peut être intéressant, présente néanmoins l’inconvénient d’une taxation comme avantage en nature alors que le contribuable n’est pas encore certain de faire l’acquisition, qu’il n’y a encore aucun bénéfice réalisé, sans compter qu’il ne peut exercer les droits (politiques) attachés aux actions tant qu’il ne détient que des options.
En définitive, toutes ces limitations créent un paradoxe : alors que l’actionnariat salarié pourrait stimuler l’innovation et la croissance, particulièrement dans les PME et startups, ce sont précisément ces entreprises qui peuvent le moins en bénéficier…
LES AVANTAGES TRANSFORMATEURS DE L’ACTIONNARIAT SALARIÉ
Les avantages de l’actionnariat salarié ne sont pas que simplement financiers. Il ne s’agit pas d’un simple outil de rémunération. Au contraire, bien utilisé, il s’agit d’un véritable levier de transformation qui peut :
En réinventant la relation entre « capital » et « travail », l’actionnariat salarié répond à des attentes sociétales profondes : donner du sens au travail, répartir équitablement les fruits de la croissance et favoriser un développement économique plus inclusif.
La proposition de loi suggère une approche radicalement différente qui semble rassembler les meilleures pratiques internationales. En bref, le nouveau système réunit les caractéristiques suivantes, qu’on peut brièvement résumer :
Ce système présente un avantage considérable par rapport aux autres systèmes connus jusqu’à présent : il taxe l’accroissement de valeur réel plutôt qu’un avantage théorique, et seulement lorsque le salarié réalise concrètement ce gain !
Pour les entrepreneurs et dirigeants de PME, cette proposition ouvre – comme déjà souligné ci-avant – des perspectives très intéressantes, à plus d’un titre, notamment pour :
Disons-le clairement : pour les startups, l’actionnariat salarié peut être particulièrement stratégique en permettant d’attirer des talents de haut niveau malgré des salaires initialement moins élevés que dans les grandes entreprises.
La proposition intègre plusieurs garde-fous pour éviter les abus :
Ces dispositions garantissent que le dispositif reste centré sur son objectif principal : favoriser une participation durable des salariés au capital de leur entreprise.
En guise de conclusion, on peut dire que la proposition de loi constitue « la » troisième « voie » qui dépasse l’opposition traditionnelle entre capital et travail. Elle transcende le débat en amenant chacun des acteurs à collaborer à la réalisation de projets communs tout en répondant à l’aspiration croissante à des modèles économiques plus inclusifs et participatifs.
La proposition n’est pas qu’une simple réforme fiscale. C’est une vision ambitieuse de l’entreprise de demain, où la création de valeur économique va de pair avec le développement humain et le progrès social. En facilitant l’actionnariat salarié, particulièrement pour les PME et les startups, cette réforme pourrait constituer un levier puissant pour stimuler l’innovation, renforcer la compétitivité, attirer les meilleurs talents et créer une dynamique collaborative propice à la performance durable.
En définitive, l’actionnariat salarié tel qu’envisagé dans la proposition de loi n’est pas seulement un outil de partage de la valeur – c’est également et surtout un catalyseur de « transformation » qui pourrait bien redéfinir les contours de l’entreprise de demain !
¹ S’il y a un avantage de toute nature octroyé au moment de l’acquisition des actions, ce dernier ne serait/ne devrait être taxé qu’à la sortie (voir p. 13).
Cette proposition de loi ayant été déposée à la Chambre avant la formation du gouvernement De Wever (pas des parlementaires du groupe MR), il reste à voir comment elle va évoluer dans les prochaines semaines, voire les prochains mois.