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La clause de non-concurrence en droit du travail: que faut-il retenir absolument?


Dans de précédents articles, nous avons déjà exploré différentes facettes de la concurrence : la concurrence déloyale au sens du droit économique, la concurrence parasitaire (Concurrence parasitaire), ainsi que la concurrence déloyale spécifique au droit du travail (La Concurrence Déloyale du Travailleur : Ce Que Dit la Loi). Nous avons également analysé la validité des clauses de non-concurrence dans le cadre d’une cession d’entreprise (La validité des clauses de non-concurrence lors d’une cession d’entreprise et leur durée maximale).

SocialF.F.F.Concurrence déloyale du travailleur : que nous dit la Loi?


DroitF.F.F.Quelle est la validité des clauses de non-concurrence lors d’une cession d’entreprise?


La clause de non-concurrence est une disposition par laquelle un travailleur s’engage, après la fin de son contrat, à ne pas exercer d’activités concurrentes à celles de son ancien employeur. Si cet outil peut être stratégique pour l’entreprise, il constitue aussi une restriction importante à la liberté du travail. C’est pourquoi le législateur l’a strictement encadré.

Attention, la législation applicable diffère pour les représentants de commerce.


1. À quoi sert une clause de non-concurrence ?

L’objectif principal de la clause de non-concurrence est d’éviter qu’un ancien travailleur n’exploite, au profit d’un concurrent ou pour son propre compte, des connaissances industrielles ou commerciales sensibles acquises durant son emploi.

La jurisprudence rappelle qu’il suffit que le travailleur soit en mesure de porter préjudice à son ancien employeur pour que la clause produise ses effets, même s’il ne rejoint finalement pas un concurrent.

À ne pas confondre avec :

  • l’interdiction de concurrence déloyale, qui s’applique pendant l’exécution du contrat ;
  • les clauses de confidentialité ou de loyauté, qui ne peuvent pas servir à contourner le régime strict de la non-concurrence.


2. Une validité soumise à des conditions strictes

Pour être valable, la clause de non-concurrence doit remplir cumulativement plusieurs conditions légales:

a. Un seuil de rémunération minimal

La possibilité d’insérer une clause dépend du niveau de rémunération annuelle brute du travailleur (montants indexés – chiffres 2025) :

  • Moins de 43.106 € : clause invalide, réputée non écrite ;
  • Entre 43.106 € et 86.212 € : clause valable uniquement pour les fonctions visées par une CCT sectorielle ;
  • Au-delà de 86.212 € : clause présumée valable, sauf exclusion par CCT.

La rémunération à prendre en compte est celle au moment de la fin du contrat, avantages compris (primes, avantages en nature, bonus…). En cas de travail à temps partiel, une rémunération fictive à temps plein doit être reconstituée.

b. Des activités réellement similaires

La clause ne peut viser que :

  • des fonctions similaires à celles exercées chez l’ancien employeur,
  • auprès d’une entreprise concurrente.

Une clause trop large, interdisant toute activité auprès d’un concurrent sans lien avec les fonctions exercées, sera jugée nulle.

c. Une double limitation : géographique et temporelle

  • Limitation géographique : la clause ne peut couvrir que les zones où l’employeur exerce effectivement ses activités, sans dépasser le territoire national, sauf clause dérogatoire spécifique.
  • Limitation temporelle : la durée maximale est de 12 mois à compter de la fin du contrat.

d. Une indemnité compensatoire obligatoire

La clause doit impérativement prévoir le paiement d’une indemnité compensatoire unique, équivalente au minimum à 50 % de la rémunération brutecorrespondant à la période d’application de la clause.

Cette indemnité est calculée sur la base du dernier mois complet de rémunération précédant la rupture.

3. Une exigence de forme écrite

La clause de non-concurrence, ainsi que ses modalités d’application, doivent être constatées par écrit dans le contrat de travail ou dans un avenant.


4. La possibilité de renonciation par l’employeur

Si l'employeur n'entend pas empêcher son travailleur de lui faire concurrence et qu'il souhaite éviter de payer l'indemnité de non-concurrence, l'employeur doit renoncer unilatéralement à l’application d’une clause de non-concurrence valide, dans les 15 jours calendrier suivant la fin effective du contrat. Ni avant. Ni après.

En cas de renonciation valable, l’employeur est dispensé de payer l’indemnité compensatoire. A défaut de renonciation, l'indemnité devra être payée.


5. Que se passe-t-il si la clause est invalide ?

Le non-respect d’une seule des conditions légales entraîne la nullité totale de la clause. Il n’existe pas de nullité partielle.

Seul le travailleur peut invoquer cette nullité.

Il dispose alors de deux options :

  • Invoquer la nullité : il retrouve sa pleine liberté de travail ;
  • Ne pas l’invoquer : il peut réclamer l’indemnité compensatoire, même si la clause était irrégulière, sauf renonciation valable de l’employeur.

L’employeur ne peut jamais se prévaloir de l’irrégularité de la clause à son avantage.


6. Dans quels cas la clause ne s’applique-t-elle pas ?

La clause de non-concurrence est sans effet lorsque :

  • le contrat prend fin durant la période d’essai ;
  • le contrat est rompu par l’employeur sans motif grave (licenciement classique) ;
  • le travailleur démissionne pour motif grave à l'encontre de son employeur;

En revanche, elle s’applique en cas de démission du travailleur, de rupture de commun accord ou de licenciement pour motif grave.


7. Violation de la clause par le travailleur : quelles sanctions ?

En cas de violation d’une clause valable, le travailleur doit :

  • rembourser l’indemnité compensatoire perçue;
  • verser une indemnité équivalente supplémentaire à l’employeur.

Le juge peut toutefois réduire cette indemnité en fonction du préjudice réel et de la durée pendant laquelle la clause a été respectée.


8. Régime social et fiscal

  • Sécurité sociale : l’indemnité de non-concurrence est soumise aux cotisations sociales.
  • Fiscalité : son traitement fiscal reste discuté et dépend des circonstances.


En conclusion

La clause de non-concurrence est un outil juridique puissant mais à haut risque. Mal rédigée, elle sera purement et simplement annulée ; bien construite, elle permet de protéger efficacement les intérêts stratégiques de l’entreprise, tout en respectant les droits du travailleur.

Une rédaction sur mesure et une vérification régulière sont donc indispensables.

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