​Belgique. Optons pour un projet de société et évitons la synthèse des défaillances

La Belgique se trouve à la croisée de multiples choix sociétaux, souvent contradictoires, et confrontée à des échéances variées. La contrainte dominante reste la lutte contre la dégradation environnementale et la transition énergétique. Nous ne prenons pas pleinement conscience de la gravité de la situation, et la banalisation malheureuse des informations tend à les discréditer. Nous tenons tout pour acquis, alors que rien ne l’est. De très grands déséquilibres mondiaux vont inévitablement nous frapper, bien plus tôt et plus durement que prévu.

À cela s’ajoutent des menaces militaires, des instabilités géopolitiques, des contraintes budgétaires — bref, un ensemble de phénomènes si complexes qu’il semble difficile, voire presque impossible, de construire un projet de société cohérent. D’ailleurs, il n’y a pas de projet de société, et je me demande ce qui marquera le bicentenaire du pays, à part le mérite d’exister, formule qu’on utilise lorsqu’on n’a rien à faire exister.

Pourtant, la Belgique incarne bel et bien un projet de société, voire une promesse. C’est ce qu’on appelle le patriotisme, une notion trop souvent associée à tort à son relent militaire. Mais pour concrétiser cette promesse, une nouvelle gouvernance est nécessaire. Les programmes des gouvernements sont élaborés, puis se dissipent dans des clameurs politiques marquées par leur caractère chaotique. Dans un des pays les plus taxés au monde, et sans doute pas le plus efficace, il faut savoir mesurer, confronter, demander des comptes et établir des étapes claires.

C’est ce qu’on appelle faire de la planification, une méthode que la plupart des gouvernements européens ont adoptée après la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les défis, de toutes natures, étaient autrement plus oppressants — d’autant qu’il a fallu alors reconstruire les modèles sociaux. Aujourd’hui, cette culture de la mesure fait défaut. Qui évalue si les mesures censées porter le taux d’emploi à 80 % sont cohérentes et crédibles ? Qui vérifie si la limitation des allocations de chômage remet réellement les gens au travail, sans provoquer d’autres déséquilibres ? Qui analyse si les politiques sociales augmentent véritablement la productivité ? Et surtout, qui s’assure que les décisions prises aujourd’hui garantiront prospérité, solidarité et — osons le mot — bonheur pour les générations futures ?

Ces questions, essentielles, exigent du recul, de la réflexion et un véritable débat citoyen. C’est là, sans doute, l’exigence première : instaurer un contrôle démocratique permanent par une population qui possède une intelligence collective immense. Au-delà des passions qui animent certains, cette exigence de mesure pourrait être confiée à des assemblées citoyennes. Sans cela, la Belgique risque de rester un immense radeau en cabotage des eaux grises de son bout de mer.

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