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Annuler la dette publique: le vrai risque est l’euro

​En matière financière, tout est fictif et symbolique. La monnaie est une convention humaine, relevant du mythe, de la confiance et de l’adhésion collective. La dette publique repose elle aussi sur une croyance : celle qu’un État continuera d’exister, de lever l’impôt et d’honorer ses engagements. La sphère financière relève donc autant de l’anthropologie des croyances que de l’économie.

Dans ce débat français, deux figures sont particulièrement intéressantes.

Jean-Luc Mélenchon propose de transformer la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne en dettes perpétuelles à taux nul. Autrement dit, neutraliser une partie de la dette logée dans l’Eurosystème. Son raisonnement n’est pas absurde : lorsque la Banque de France détient une obligation française, une partie du secteur public est créancière de l’autre.

Matthieu Pigasse, de son côté, incarne une dissonance politique spectaculaire, faite de contradictions idéologiques difficiles à concilier. Il serait abusif d’y coller des diagnostics psychiatriques, mais le grand écart politique est suffisamment manifeste pour se suffire à lui-même.

Il faut pourtant aller plus loin. Si la France neutralise sa dette détenue par l’Eurosystème, pourquoi l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou la Grèce n’en feraient-elles pas autant ? Et si tout le monde le fait, le système monétaire change de nature. Lorsque la banque centrale a acheté ces obligations, elle a créé de la monnaie en contrepartie. Effacer l’actif ne fait pas disparaître cette monnaie. On transforme donc une dette portant intérêt en création monétaire permanente.

Le problème n’est pas la première annulation. Le problème est le précédent. Si les marchés comprennent que les déficits d’aujourd’hui peuvent être monétisés puis neutralisés demain, la dette publique cesse progressivement d’être perçue comme une dette. Elle devient une promesse de création monétaire future. Et c’est là que commence le risque pour l’euro.

La monnaie se déprécie, les importations deviennent plus coûteuses, l’inflation remonte et les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus élevés. La BCE se retrouve alors enfermée dans un dilemme : relever les taux pour défendre la monnaie, au risque d’étrangler les finances publiques, ou les maintenir artificiellement bas pour protéger les États, au risque d’entrer dans une logique de domination budgétaire.

L’euro ne s’effondrerait donc pas parce qu’une écriture comptable aurait disparu. Il pourrait s’effondrer parce que la convention sur laquelle il repose aurait changé. Une monnaie est une croyance institutionnalisée.

Et lorsque la croyance dans sa rareté future disparaît, aucune comptabilité ne peut la sauver.​

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F.F.F.

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Publié le 20 Aug 2026 à 04:00
Lecture de 3min