
En un quart de siècle, la dette publique fédérale est passée de 3.400 à 32.300 milliards de dollars. Elle dépasse désormais 100 % du PIB.
Mais le chiffre le plus préoccupant est ailleurs : le paiement des intérêts absorbe déjà 21,5 % des recettes fiscales, contre 11 % en 2000.
Et cela alors que l’économie est proche du plein emploi. Un déficit public voisin de 6 % du PIB dans une telle conjoncture n’est plus un accident : il devient structurel.
Le vieillissement accroît les dépenses sociales et médicales, tandis que les réductions fiscales ont érodé les recettes. Comme les taux longs restent élevés, le Trésor finance une part croissante de ses besoins à court terme. La tentation devient alors immense de pousser la Réserve fédérale à réduire les taux pour soulager artificiellement la charge budgétaire.
Le danger n’est donc pas nécessairement un défaut brutal. C’est une lente perte de liberté : davantage de recettes absorbées par les intérêts, moins de moyens pour investir, une pression politique croissante sur la banque centrale et une dépendance toujours plus forte envers les créanciers.
Le dollar conserve l’immense privilège d’être la principale monnaie mondiale. Mais aucun privilège monétaire n’est éternel lorsqu’il sert à différer indéfiniment les choix budgétaires.
Les grandes crises commencent rarement par une explosion. Elles commencent parfois par une fuite que tout le monde voit… mais que personne ne veut réparer.