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Seuls les seniors tirent bénéfice du numérique qui rend les autres idiots

Bon après-midi, chère consœur, cher confrère,

Avant que tu ne refermes ce courriel en levant les yeux au ciel, laisse-moi t'expliquer. Son titre n'est pas une provocation, mais une invitation. Une invitation à regarder ensemble, avec lucidité et bienveillance, ce que la part maléfique du numérique provoque réellement sur notre intelligence.

Car derrière la formule choc de mon titre se cache une question autrement plus nuancée, presque existentielle : selon comment nous l'utilisons, le numérique nous élève-t-il... ou nous endort-il ?

Christine Kerdellant, journaliste et essayiste, ancienne rédactrice en chef aux Échos et ancienne directrice de la rédaction de L’Usine nouvelle, dont la plume ne ménage guère les illusions confortables, nous livre un constat dérangeant : notre cerveau s’est habitué à déléguer.

Cette mémoire pourtant magnifique, patiemment façonnée par des années d’études, de dossiers complexes et d’expériences vécues, s’appuie désormais sur une béquille invisible. En effet, Google est devenu une mémoire extérieure, toujours disponible. Le simple fait de savoir que nous pourrons retrouver l’information nous dispense parfois de la retenir. N’as-tu jamais cherché trois fois en une semaine le même article dans le CSA, ou dans toute autre source, convaincu·e de l’avoir consulté la veille ?

L’effet est discret, presque imperceptible, mais bien réel. Notre réserve de connaissances s’amenuise, comme une étoffe qui rétrécit au lavage. Nos capacités d’anticipation s’émoussent. Même notre sens de l’orientation vacille : combien d’entre nous pourraient encore rejoindre depuis nos cabinets un·e client·e, que l’on visite occasionnellement, sans GPS, uniquement guidé·e·s par la mémoire et l’intuition ?

Et qui plus est, voici que ChatGPT a franchi un seuil nouveau. L’intelligence artificielle ne se contente plus de stocker : elle raisonne, elle structure, elle rédige. Nos jeunes collaborateur·rice·s l’utilisent, certain·e·s avec discernement, d’autres avec une confiance totale. Bravo, mais lorsque l’effort de réflexion s’efface, que deviennent notre capacité d’analyse, notre finesse juridique, notre intelligence comptable ?

Pourtant, et c’est ici que le tableau s’éclaire d’une lumière inattendue, les seniors nous offrent une leçon d’espérance. Une vaste étude publiée dans Nature Human Behaviour révèle que, chez les plus de 65 ans, l’usage régulier d’Internet agit comme un véritable protecteur de l’esprit. Mieux que l’exercice physique, mieux qu’une alimentation équilibrée, mieux même que le scrabble du dimanche !

Pour nos seniors, le numérique stimule la curiosité, entretient les liens sociaux, maintient la vivacité intellectuelle. Là où il peut endormir les plus jeunes, il réveille les aîné·e·s. Là où il peut appauvrir l’effort, il ravive l’engagement.
C’est avec cette espérance lucide, chaleureuse et profondément confraternelle que j’ai souhaité partager cette réflexion avec toi.

Non pour juger. Encore moins pour caricaturer.
Mais pour avancer ensemble, en responsabilité, vers un avenir où l’âge ne serait plus une frontière, et où le numérique redeviendrait ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un outil au service de l’humain.
Guy K

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