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Rentrée académique 2026. Discours de notre président

Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les repré"sentations des diverses organisations sectorielles et peofessionnelles,
Chères consœurs, chers confrères, chers amis,

Bienvenue à cette rentrée académique de notre Ordre.

Dans beaucoup d'institutions, une rentrée académique est un rituel : on se retrouve, on se félicite, on ouvre l'année. Je voudrais vous dire d'emblée que ce n'est pas ce que nous faisons ce soir. Notre rentrée n'est pas une commémoration — c'est une déclaration d'intention.

Une rentrée académique, pour un Ordre, a d'ailleurs un sens particulier. Nous ne sommes pas une fédération d'intérêts : nous sommes une profession qui se transmet. Chaque année, des stagiaires nous rejoignent, apprennent un métier qui ne s'apprend pas seulement dans les textes, et découvrent qu'entre la théorie et le dossier réel il y a toute la place du jugement. C'est pour eux, autant que pour nous, que cette soirée existe : pour dire à voix haute où nous allons.

Et si elle est belle, cette rentrée, ce n'est pas parce que la salle est pleine, ni parce que notre invité est celui qu'il est. Elle est belle parce que nous travaillons. Parce que nous défendons. Parce que nous agissons. Tout le reste — l'audience, la reconnaissance, l'influence — n'est jamais que la conséquence de cela.


Trois basculements, et pas un seul

Depuis les élections de l'ITAA, cette année, quelque chose a changé. Pas un ajustement : un basculement. Et ce qui rend ce moment si peu ordinaire, c'est qu'il ne s'agit pas d'un basculement, mais de trois — trois qui arrivent en même temps.

Le premier est technologique. La matière même de notre métier change de nature. L'écriture comptable se saisit de moins en moins et se produit de plus en plus. La donnée arrive structurée, la facture circule sous forme de flux, et l'intelligence artificielle ne se contente plus d'exécuter : elle propose. Nous n'avons pas devant nous un outil supplémentaire à installer. Nous avons devant nous une redéfinition de ce que nous vendons.

Le deuxième est institutionnel. Nos institutions changent de méthode. L'ITAA n'est plus seulement une autorité qui régule : elle devient une force qui porte. Et l'OECCBB n'est pas le spectateur bienveillant de ce mouvement — il en est l'un des moteurs.

Ce que les élections ont changé, ce n'est pas seulement une composition : c'est une méthode. Nous avons décidé d'être une institution qui décide, qui assume ses arbitrages et qui les porte partout de la même manière — devant l'Administration, devant le monde politique, devant nos membres, et dans les deux langues du pays. Une institution professionnelle qui dit une chose à Bruxelles et une autre à Anvers ne pèse nulle part. Nous avons choisi de parler d'une seule voix, ce qui suppose d'abord d'accepter de trancher entre nous.

Le troisième est politique. Nous avons enfin, aux Finances comme à l'Économie, des interlocuteurs qui nous reçoivent, qui nous écoutent et — c'est plus rare encore — qui nous répondent. Ceux d'entre vous qui exercent depuis longtemps savent ce que cette phrase représente. Pendant des années, nous avons produit des avis d'excellente qualité qui n'avaient personne à convaincre : ils partaient, ils étaient reçus, ils étaient classés.

Trois basculements en même temps, cela ne fait pas une année chargée. Cela fait une bascule. Et une bascule ne se présente pas deux fois : soit on la prend, soit on la regarde passer.


Le futur ne nous fait pas peur

Alors vient la question que tout le monde se pose dans les cabinets et que personne ne pose à voix haute : est-ce que nous allons disparaître ?

Ma réponse est nette : non — à une condition. Cette condition, c'est que nous cessions de nous demander si la technologie va remplacer notre métier, pour nous demander ce que notre métier devient lorsque la technologie fait la part qu'elle sait faire.

Car cette part, elle la fera. Plus vite que nous, moins cher que nous, et sans se plaindre du mois de juin. Prétendre le contraire n'est pas de la prudence, c'est du déni — et le déni, dans une profession de conseil, est une faute professionnelle.

Ce qui reste, en revanche, personne ne le fera à notre place : la responsabilité. L'appréciation. Le jugement. La signature. La capacité de dire à un chef d'entreprise, en face, ce qu'il ne veut pas entendre. Un algorithme peut produire une déclaration ; il ne peut pas engager sa responsabilité professionnelle sur une position fiscale, ni soutenir le regard d'un client au moment où le choix devient un risque.

Regardons ce que cela signifie pour un cabinet, très concrètement. Pendant des décennies, nous avons facturé, pour l'essentiel, un travail de production : saisir, contrôler, établir, déposer. Ce travail va se réduire — pas disparaître, se réduire. Si nous ne déplaçons pas notre offre, notre chiffre d'affaires se réduira avec lui, et nous découvrirons que nous avions confondu notre outil avec notre métier. Si nous la déplaçons, l'inverse se produit : le temps libéré devient du temps de conseil, et le conseil se paie mieux que la saisie. Le basculement technologique n'est donc pas d'abord une question informatique. C'est une question de modèle économique, et elle se pose maintenant, cabinet par cabinet.

Voilà notre pragmatisme : nous n'idéalisons pas la technologie et nous ne la craignons pas — nous la prenons. Le futur ne nous fait pas peur parce que nous ne l'attendons pas : nous le préparons.


Souverainisme sectoriel, solidarité — et pas de naïveté mal placée

C'est précisément pour cela que Fabien Pinckaers est parmi nous ce soir.

On me demande parfois pourquoi l'Ordre invite un éditeur de logiciels à sa rentrée académique. Je réponds par la question inverse : comment pourrions-nous parler sérieusement de l'avenir de la profession sans parler à ceux qui construisent les outils dans lesquels elle travaillera ?

Il y a une seconde raison, et elle compte autant. Odoo est une entreprise née ici. Elle s'est développée depuis la Belgique, elle a essaimé bien au-delà, et elle démontre une chose qu'on nous répète pourtant impossible : que la technologie qui structure nos métiers peut se concevoir chez nous. C'est ce que j'appelle le souverainisme sectoriel.

Entendons-nous bien : ce n'est ni du protectionnisme, ni un slogan. C'est une exigence très concrète. Nos données, nos normes, nos outils, nos flux — la profession doit rester maîtresse de la chaîne dans laquelle elle produit sa valeur. Le jour où nos standards se décideront ailleurs, sans nous, selon des priorités qui ne sont pas les nôtres, nous ne serons plus des professionnels indépendants : nous serons des utilisateurs.

Et la souveraineté a une condition d'exercice : la compétence. On ne négocie pas d'égal à égal avec ceux dont on ne comprend pas les outils. C'est pourquoi la formation n'est pas, pour l'Ordre, une obligation à satisfaire : c'est notre première arme. Un confrère qui maîtrise la logique d'un flux, d'une interface, d'un modèle de données n'est pas à la merci de celui qui le lui vend — il en devient le client exigeant. Multipliez ce confrère par des milliers, et la profession redevient une force avec laquelle il faut composer. C'est banal à dire et exigeant à faire ; c'est exactement notre travail.

Alors oui, nous coopérons — franchement, loyalement, avec les éditeurs. Mais coopérer n'est pas se dissoudre. Nous serons solidaires de ceux qui construisent avec nous, et lucides sur le fait que chacun, autour de la table, défend légitimement ses intérêts. Nous refusons deux naïvetés symétriques : celle qui croit que la technologie nous sauvera toute seule, et celle qui croit qu'en refusant de la regarder, nous la ferons attendre.


L'OECCBB aux côtés de l'ITAA : la crédibilité se gagne par les actes

Un mot, maintenant, sur la manière dont nous travaillons — parce que c'est le cœur de ce que je voulais vous dire ce soir.

L'ITAA porte le mandat légal, la norme, la représentation nationale. L'OECCBB porte le terrain, la formation, la proximité, la parole des cabinets tels qu'ils sont — avec leurs charges, leurs délais, leurs difficultés de recrutement. Ce n'est pas une redondance et ce n'est pas une concurrence : c'est une articulation. L'Institut a besoin d'un Ordre qui lui dise la vérité de la pratique ; l'Ordre a besoin d'un Institut qui transforme cette vérité en position, et cette position en décision.

Et si nous sommes écoutés aujourd'hui, ce n'est pas parce que nous parlons plus fort. C'est parce que nous faisons ce que nous disons.

Je voudrais insister, parce que c'est notre seul capital réel. On peut avoir des idées justes et ne peser sur rien. On peut publier des avis brillants et rester inaudible. Ce qui fait le poids d'une institution, ce n'est pas la qualité de ses intentions : c'est l'écart entre ce qu'elle annonce et ce qu'elle livre. Quand cet écart est nul, on devient un interlocuteur. Quand il se creuse, on devient un lobby de plus.

Nous annonçons peu et nous tenons. Nous ne demandons pas ce que nous n'appliquerions pas. Nous ne réclamons pas de la simplification en produisant de la complexité. C'est austère, c'est lent, ce n'est pas spectaculaire — et c'est exactement ce qui nous rend respectables.

Cette exigence, nous nous l'appliquons d'abord à nous-mêmes. On ne peut pas réclamer de la rigueur à l'Administration et tolérer chez nous l'approximation. La déontologie, la qualité des travaux, le respect des obligations que nous portons — ce n'est pas de la discipline pour la discipline : c'est ce qui donne du poids à notre parole lorsque nous allons défendre la profession. Chaque fois qu'un cabinet travaille bien, notre argumentaire s'en trouve renforcé. Chaque fois qu'un manquement nous échappe, quelqu'un s'en servira contre nous tous.

Cela a une conséquence très pratique : les positions que nous défendons doivent d'abord être praticables. Une bonne mesure inapplicable dans un cabinet de trois personnes n'est pas une bonne mesure. Un délai qui suppose que le client réponde le jour même n'est pas un délai. Nous portons cela sans relâche, techniquement, sans posture — et c'est ainsi que nous avons gagné le droit d'être consultés avant, plutôt que prévenus après.


Ce que nous faisons de ce moment

Je termine.

Cette année, notre profession a devant elle trois chantiers qui n'en font qu'un : maîtriser la technologie plutôt que la subir, tenir notre souveraineté sectorielle sans céder à la naïveté, et transformer notre nouvelle audience politique en résultats concrets pour les cabinets.

Nous ne les mènerons pas en spectateurs. Et nous ne les mènerons pas chacun de son côté : ni l'ITAA sans l'Ordre, ni l'Ordre sans ses membres.

Un mot, enfin, pour les plus jeunes d'entre vous, qui entament un stage ou une première année d'exercice. Vous arrivez dans une profession en train de se redéfinir. C'est inconfortable — et c'est une chance : les métiers qui se transforment sont ceux où l'on peut encore décider de ce qu'ils deviendront.

Notre rentrée académique est belle parce que nous travaillons, parce que nous défendons, parce que nous agissons.

Le futur ne nous fait pas peur. Nous avons décidé d'y aller les yeux ouverts — avec nos exigences, nos outils et nos confrères.


Monsieur Pinckaers, la parole est à vous — et croyez bien qu'elle est attendue.

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