Remarques et recommandations du FMI en matière de politique économique en Belgique

À l'issue de sa mission au titre de l'article IV, le FMI a publié ses remarques et recommandations concernant la politique économique belge. Une synthèse en 19 points essentiels et pluriels.

Après une reprise vigoureuse à la suite de la pandémie, la Belgique a été frappée dans la foulée par un deuxième choc tenant à la hausse des prix de l’énergie et à d’autres retombées de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une réponse forte et rapide à l’élévation des prix de l’énergie sous la forme de mesures de soutien aux ménages et aux entreprises, d’une réduction de la demande et d’actions prises au niveau de l’offre, conjuguée à l’indexation automatique des salaires et des prestations sociales et à une dépendance limitée à l’égard du gaz russe en ont atténué les effets. Le marché du travail a fait preuve d’une grande résilience, affichant une croissance record de l’emploi. Le secteur financier quant à lui dispose de capitaux, de liquidités et de bénéfices sains. La Belgique doit néanmoins faire face à un ralentissement de l’activité économique et à une inflation élevée, comme ailleurs dans la zone euro, de même qu’à des défis en matière de compétitivité, à des déficits budgétaires conséquents et à une dette publique importante, ainsi qu’à une persistance des risques et de l’incertitude. Les autorités devraient mener à partir de 2023 un processus d’assainissement budgétaire pluriannuel axé sur les dépenses afin d’atténuer les pressions et les vulnérabilités, de soutenir les efforts visant à réduire l’inflation, de reconstituer les marges et d’engager la dette sur une trajectoire baissière. Elles devraient mieux cibler les aides énergétiques et avancer dans les réformes des prestations sociales, des pensions et des soins de santé. Les efforts pour s’engager dans une réforme fiscale sont bienvenus, parallèlement à d’autres réformes contribuant à atteindre les objectifs ambitieux en matière d’emploi. Des actions plus poussées en faveur du climat sont souhaitables. Dans tous ces domaines, un alignement des politiques fédérales et régionales serait utile. Si le secteur financier a présenté de bons résultats, les risques s’accroissent et une vigilance continue est de mise.

Perspectives et risques économiques

1. La reprise vigoureuse qui avait fait suite à la pandémie a été affaiblie par les retombées de la guerre de la Russie en Ukraine, certes dans une moindre mesure que dans d’autres pays de la zone euro. La hausse des prix de l’énergie, le resserrement des conditions financières, la perte de confiance et le degré élevé d’incertitude sont autant de facteurs qui pèsent sur l'activité.

L’économie devrait subir une récession modérée durant l’hiver, suivie d’un léger rebond grâce au renforcement du pouvoir d’achat résultant de l’indexation des salaires de bon nombre de ménages à compter de janvier 2023 et d’une reprise de la demande extérieure. La croissance économique ralentirait à 0,2 % en 2023, contre 3,0 % en 2022 et 6,1 % en 2021. À moyen terme, elle renouerait avec un taux potentiel de 1,2 %.

2. L’inflation s’est sensiblement accrue, reflétant la vigueur de la demande post-pandémique, les goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, l’élévation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires ainsi que l’augmentation des coûts salariaux. L’inflation totale devrait atteindre 10,7 % en 2022, avant de retomber à 5,4 % en 2023. Avec l’élargissement de la pression sur les prix, l’inflation sous-jacente passerait de 3,9 % en 2022 à 6,1 % en 2023 pour ensuite revenir progressivement à 2 % d’ici 2026. Le solde de la balance courante extérieure se muerait d’un excédent de 0,4 % du PIB en 2021 à un déficit considérable en 2022, sous l’effet conjugué de la hausse des importations de produits énergétiques, d’un recul de la demande extérieure (notamment pour les vaccins contre la COVID-19) et d’une perte de compétitivité due à l’apparition d’un écart salarial important par rapport aux principaux partenaires commerciaux. La fixation par le gouvernement d’une augmentation nulle des salaires réels (hors primes et glissement des salaires) pour 2023-2024 dans le cadre légal de la norme salariale et en l’absence d’accord entre les partenaires sociaux, pourrait aider à cet égard. Le compte courant devrait devenir légèrement excédentaire à moyen terme, à mesure que s’atténuent les pressions de l’énergie et que se redresse la demande extérieure.

3. Les perspectives sont soumises à une grande incertitude et à des risques considérables. Parmi eux figurent une escalade de la guerre en Ukraine et les nouvelles retombées qu’elle entraînerait, un durcissement plus marqué que prévu des conditions financières ainsi que des répercussions plus importantes provenant des principaux partenaires commerciaux. De nouveaux chocs pourraient raviver les pressions inflationnistes et la dynamique salaire-prix. A contrario, un recul des prix de l’énergie atténuerait les pressions budgétaires et, de même que des avancées sur le plan des réformes structurelles avant les élections de 2024, renforcerait la confiance.

Consolider la soutenabilité budgétaire

4. En réaction à la flambée des prix de l’énergie, les autorités fédérales et régionales ont apporté un soutien substantiel et rapide aux ménages et aux entreprises. Cette aide s’est ajoutée à l’indexation automatique des salaires et des prestations sociales. La réponse des pouvoirs publics a permis d’amortir les retombées de l’inflation grâce à une série de mesures, dont certaines ciblées, qui sont réévaluées et renouvelées trimestriellement. Ces mesures ont entraîné des coûts supplémentaires considérables – de l’ordre de 0,25 % du PIB par trimestre - ; elles comprennent une extension du tarif social élargi de l’énergie ainsi qu’un paquet énergétique de base prévoyant l’octroi aux ménages à faibles et moyens revenus de chèques pour le gaz et l’électricité durant les mois d’hiver. Certaines mesures, telles que la réduction de 21 à 6 % du taux de TVA sur le gaz et l’électricité et la baisse des droits d’accise sur l’essence et le diesel, n’étaient pas ciblées et ne comportaient à ce titre pas de signaux de prix favorisant une réduction de la consommation.

5. Les autorités recherchent à juste titre des pistes permettant de toujours mieux cibler l’aide énergétique. Les aides doivent demeurer temporaires, limitées et prévisibles quand à leur ampleur. Il est prévu de passer d’un retour au taux de TVA standard de 21 % sur le gaz et l’électricité pour les ménages à des accises spécifiques qui incorporeront une certaine progressivité, seront ajustées en fonction de l’évolution des prix de l’énergie et favoriseront la transition des combustibles fossiles à une électricité propre. Les services du FMI saluent ce glissement décidé par les autorités et considèrent que ces nouveaux droits d’accise devraient également comprendre l’indexation des taux d’accise et une trajectoire vers des taux plus élevés, en particulier en ce qui concerne le gaz naturel, afin de stimuler la réduction des émissions. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour mieux cibler les ménages vulnérables (par exemple vis-à-vis non seulement des niveaux de revenus mais aussi de l’exposition énergétique) et pour s’assurer que l’aide financière inhérente au tarif social n’entraîne pas un important désincitant à l’emploi (dû notamment à une suppression totale lors de changements de statut professionnel ou de l’atteinte du seuil de revenus).

6. Nonobstant l’évaluation trimestrielle des mesures énergétiques, il existe un risque de soutien prolongé. Si les prix de l’énergie restent élevés, poursuivre le soutien nécessitera une décision politique, notamment quant à l’ajustement de ces mesures et l’atténuation de l’impact sur le budget. Les services du FMI estiment que les mesures extraordinaires de soutien liées à l’énergie qui seront consenties en 2023 devront demeurer dans les limites de l’allocation budgétaire (soit 0,9 % du PIB), comme annoncé dans le plan budgétaire, et, en tout état de cause, devraient être supprimées progressivement en 2024, voire plus tôt si possible. Les tarifs sociaux avec un ciblage renforcé devraient être mis en place. Les impôts temporaires sur les bénéfices exceptionnels et les contributions de solidarité des entreprises du secteur de l’énergie contribueront à couvrir une partie des coûts. Bien que ces actions aient été conçues pour s’appliquer à une définition prudente des revenus extraordinaires (en deçà des directives de l’UE pour certaines technologies), les retombées négatives potentielles sur les investissements dans les énergies renouvelables devront être suivies de près.

7. Le plan budgétaire 2023-2024 prévoit un déficit budgétaire plus large en 2023 qu’en 2022, dû en grande partie aux mesures de soutien énergétique. Compte tenu des pressions croissantes sur les dépenses publiques liées au vieillissement (et de la progression des dépenses de défense et des coûts du service de la dette), les déficits globaux devraient rester élevés à moyen terme, à 51⁄2 % du PIB, bien au-dessus des niveaux antérieurs à la pandémie et des niveaux qui assurent une stabilisation de la dette. Même si la forte croissance du PIB nominal réduira le ratio d'endettement en 2022, cette tendance s'inversera, et la dette ne cessera de s’accroître avec des déficits primaires élevés. La hauteur des déficits et l’alourdissement de la dette pourraient renforcer la vulnérabilité à une évolution défavorable du sentiment du marché (directement, mais aussi dans d'autres pays, qui affecterait indirectement la Belgique) et limitent la marge de manœuvre budgétaire et la capacité à répondre à de nouveaux chocs. Ces déficits élevés entravent les mesures de politique monétaire visant à réduire l'inflation, et limitent les augmentations indispensables des investissements en capital pour soutenir la croissance et la transition écologique.

8. Il est nécessaire de mener l'assainissement des finances publiques, de réduire les risques et les vulnérabilités, d'établir clairement la soutenabilité budgétaire et de reconstituer des marges de manœuvre. Les services du FMI estiment qu’il conviendrait que le déficit budgétaire global ne progresse pas en 2023 et qu'il devrait idéalement être réduit. Cela requiert un ajustement d'environ 0,8 % du PIB (ou davantage) l'année prochaine et d'une ampleur similaire (ou supérieure) les années suivantes, et ce jusqu'à ce que le niveau de déficit stabilisant la dette, puis l'équilibre structurel, soient atteints. Si cet ajustement est important, notamment en raison du ralentissement de l'économie, le fait d'agir dès 2023 et de s'engager à suivre une trajectoire d'ajustement pluriannuelle crédible aura une incidence importante sur l'inflation, les vulnérabilités, la marge de manœuvre budgétaire et la confiance.

9. L'ajustement pour l'année prochaine et au-delà devrait se concentrer sur la rationalisation des dépenses courantes. Les dépenses publiques sont élevées, et des gains d'efficacité sont possibles. Des dépenses d'investissement efficaces et productives aux niveaux fédéral et régional devraient être préservées pour atténuer les effets sur la croissance et améliorer les perspectives de croissance à moyen terme. Les taux d'imposition sont élevés, et de nouvelles augmentations auraient probablement un impact négatif sur le respect des obligations fiscales et sur la croissance économique. La rationalisation des dépenses devrait s'appuyer sur des examens des dépenses fédérales et régionales, en mettant l'accent sur le renforcement de l'efficacité, en ce compris sur les mesures de soutien à l'énergie, les dépenses en biens et services et les subventions. Des efforts soutenus sont nécessaires pour contenir les dépenses de salaires, des prestations sociales et du vieillissement (retraites, santé) et pour améliorer le ciblage des prestations sociales et renforcer les incitations. Le paramètre d'augmentation réelle des dépenses de santé sera ramené de 2,5 à 2,0 % en 2024, et des objectifs d'économies dans le système ont été identifiés pour 2023 et 2024. Les dépenses d'investissement ont progressé ces dernières années, mais restent faibles, ce qui entrave les gains de productivité et la croissance (goulets d'étranglement en matière de mobilité, par exemple). Les autorités visent à juste titre à porter les dépenses d'investissement à 4 % du PIB d'ici 2030. Une marge existe pour améliorer le cadre de gestion des investissements publics aux niveaux fédéral et régional, avec le soutien d’une évaluation de diagnostic du FMI (PIMA – Public Investment Management Assessment).

10. Les mesures relatives aux pensions adoptées en juillet 2022 ont abordé des points importants, mais ont également augmenté les coûts. Les mesures comprenaient un bonus pension pour le travail après la retraite anticipée ou l'âge légal de la retraite, la fixation de conditions de travail minimales pour l’accès à la pension minimum, et un supplément visant à réduire les écarts de genre pour les périodes de travail à temps partiel en raison de soins à la famille. Des efforts s’imposent maintenant pour garantir des réformes budgétairement neutres et assurer l'obtention en temps voulu de financements dans le cadre du Plan pour la Reprise et la Résilience du NextGenerationEU. ​De nouvelles mesures seront nécessaires pour faire face aux coûts budgétaires croissants du vieillissement et renforcer la soutenabilité à moyen et long termes. D’autres accroissements des dépenses sociales (par exemple, les pensions minimums, les dépenses en soins de santé) ont ajouté aux pressions budgétaires ; les hausses des prestations réelles ont dépassé la croissance de la productivité et des salaires. Des actions sont nécessaires pour réduire ces pressions sur les dépenses. Par exemple, les taux de remplacement des allocations de chômage sont élevés par rapport à ceux des pays pairs, avec une durée illimitée. L'accès aux indemnités de maladie et d'invalidité et leur durée constituent d'autres points d’attention. Les tensions sur le marché de l'emploi offrent une opportunité de s’attaquer aux réformes des prestations sociales afin de réduire les pièges à l’emploi. Les (dés)incitations fiscales et sociales à la participation au marché du travail sont analysées à juste titre en vue d'être ajustées, tandis que des efforts visant à améliorer l'adéquation entre l'offre et la demande de travail, la formation, l'accompagnement, la mobilité et la flexibilité sont en cours.

11. Une importante épure de réforme fiscale a été publiée au début de l’année 2022, visant à simplifier le système fiscal complexe et à renforcer l'équité. Les mesures visent à réduire la charge fiscale sur le travail, élargir les assiettes fiscales en éliminant ou en diminuant les dépenses fiscales, s'attaquer aux facteurs qui dissuadent de travailler (par le biais des taux d'imposition, des tranches d'imposition et de l'alignement sur les prestations sociales), et renforcer encore la perception de l’impôt et le respect des obligations fiscales (également par le biais d'un plan de lutte contre la fraude établi en 2021 et visant à améliorer les outils ainsi que la coordination ou l’intégration des instances compétentes). Les services du FMI considèrent que des réformes devraient également rendre l'imposition du capital plus cohérente entre les sources de revenus. Un deuxième volet de la réforme fiscale est axé sur le prix du carbone et la réduction des émissions. Il s'agit de réformes essentielles qui devraient être poursuivies. De premières mesures sont prévues dès 2023. Il sera important de garantir des dispositions compensatoires solides, afin que les mesures soient budgétairement neutres.

12. Les accords de fédéralisme impliquent une décentralisation poussée des compétences fiscales vers les régions et les communautés et devraient être renforcés. Dans ce cadre, une marge existe pour renforcer les mécanismes entre le niveau fédéral, les régions et les communautés, en vue d’améliorer la planification, l'alignement, les incitations aux économies et les résultats. Ceci est particulièrement important, compte tenu de la nécessité d’un assainissement budgétaire - les déficits des communautés et des régions représentent un tiers du déficit de l’ensemble des administrations publiques - et de la nécessité d’accroître les efforts en matière de climat, y compris par l'attribution d'objectifs de réduction des émissions. L'élaboration complète de plans budgétaires pluriannuels et de règles de dépenses à tous les niveaux de pouvoir, ainsi que la pleine intégration d’examens approfondis des dépenses constituent d’autres mesures possibles. La mise en œuvre des accords de coopération existants contribuerait à renforcer l'alignement des politiques entre les différents niveaux de pouvoir dans le cadre du fédéralisme budgétaire. Il est possible d'améliorer l'intégration des objectifs de soutenabilité budgétaire dans le partage des charges et dans les réformes structurelles, avec une analyse coûts-bénéfices pour aider à la formulation des mesures.

Préserver la stabilité financière

13. Le secteur bancaire a bien résisté à la pandémie, mais les risques augmentent. Les coussins de fonds propres et de liquidités ont été maintenus à des niveaux confortables, et la rentabilité est restée forte, également soutenue par l'amélioration de la qualité des actifs dans la plupart des expositions de crédit. Néanmoins, le ralentissement de la croissance économique dans un contexte de profonde incertitude et de pressions sur les salaires et sur les prix énergétiques, ainsi que le durcissement des conditions financières pourraient peser sur les emprunteurs et nécessiter un renforcement des provisionnements de crédit. En outre, une forte correction des prix de l'immobilier pourrait provoquer des tensions, dans la mesure où les expositions hypothécaires sont relativement élevées et les ratios service de la dette/revenu des ménages un peu hauts. Toutefois, les risques sont atténués par la part élevée de prêts hypothécaires à long terme et à taux fixe, ainsi que par le fait d’avoir maintenu, de manière appropriée, un coussin de risque systémique sectoriel (SSyRB) pour les prêts au logement et les directives portant sur les emprunteurs en matière de prêts hypothécaires, qui ont été établies en 2020. À l'avenir, il conviendra de suivre de près l'évolution des prix des logements afin de déceler les signes d'une accélération de leur baisse et d'une détérioration des portefeuilles de prêts hypothécaires, et de déployer les coussins disponibles si nécessaire. Les moratoires sur les prêts hypothécaires, activés en octobre avec des critères d'éligibilité relativement stricts pour atténuer l'impact de la hausse des factures énergétiques sur les finances des ménages, ont été utilisés en nombre limité et ne devraient retarder ou entraver une interaction entre les banques et les emprunteurs en vue de relever durablement les défis du service de la dette. L'intégration d'informations sur l'efficacité énergétique dans les transactions immobilières commence à avoir un effet important sur les évaluations et les transactions.

14. Dans un environnement macrofinancier inhabituellement fluide, la politique macroprudentielle doit faire l’équilibre entre une série de facteurs. Il s’agit notamment de maintenir la résilience du secteur financier, de déployer des coussins pour absorber les pertes en cas de besoin et de garantir un octroi approprié de crédit à l’économie. Dans ce contexte, la décision de maintenir les coussins de fonds propres contracycliques (CCyB) à 0 % a permis aux banques d’utiliser les coussins de fonds propres disponibles et de s’engager ainsi de manière proactive auprès des emprunteurs en difficulté. À l’avenir, une nouvelle détérioration des perspectives macrofinancières pourrait nécessiter un recalibrage de la politique macroprudentielle en vue de soutenir la capacité des banques à absorber les pertes et de préserver la fourniture de crédit, par exemple en débloquant le coussin de risque systémique sectoriel (SSyRB) dans le cadre des prêts au logement. Les efforts déployés par la Banque nationale pour collecter des informations et consolider la cyberpréparation sont salués et sont complétés de tests de résistance adaptés et d’interventions politiques appropriées en vue d’atténuer les risques.

15. Des courbes de rendement plus élevées et plus pentues améliorent les marges d’intérêt, une fois encore dans un contexte de risques croissants. Les gains comprennent l’amélioration des marges des banques et de l’équilibre actif-passif vis-à-vis des obligations à long terme des institutions financières non bancaires (IFNB), y compris des sociétés d’assurance-vie. Toutefois, un ajustement trop rapide ou désordonné des taux d’intérêt accompagné d’une volatilité du marché ou de fortes corrections des prix des actifs peut révéler des vulnérabilités. Les efforts fournis par les autorités pour surveiller étroitement les risques relatifs aux IFNB dans le but de détecter et de contenir des répercussions suffisamment tôt sont les bienvenus.

Construire une économie plus forte et plus durable

16. À la suite d’importantes actions menées en 2022, de nouvelles réformes du marché du travail devront être prises pour faciliter la réallocation et pour atteindre les objectifs ambitieux des autorités. Un nouveau paquet fédéral sur l’emploi est entré en vigueur cet automne, mettant l’accent sur la flexibilité et la formation. Ce plan modernisera certains aspects de la législation belge complexe en matière d’emploi, mais il ne suffira pas pour atteindre les objectifs de 2030 80 % de taux d’emploi, contre 72 % actuellement en particulier sur un marché du travail en tension. Pour 2023, le gouvernement fédéral a relevé l’allocation pour les salaires minimums par rapport aux allocations de chômage dans la répartition de l’enveloppe sociale, en vue de promouvoir l’activation. Les efforts devront cibler les jeunes (travailleurs ou nouveaux entrants sur le marché du travail), les travailleurs âgés, les femmes, les travailleurs issus de l’immigration (en particulier les femmes) et les bénéficiaires d’allocations de maladie ou d’invalidité. Ce plan devrait comprendre des réformes en matière de fixation des salaires, de recrutement et de licenciement, de protection de l’emploi, de prestations sociales et de flexibilité de l’employeur. Cela nécessitera une action concertée de la part de toutes les parties prenantes, en particulier des partenaires sociaux. La réduction et le plafonnement de la durée des allocations de chômage inciteraient davantage à la recherche d’un emploi, de même qu’une diminution plus souple des prestations sociales lorsque les bénéficiaires acceptent un emploi, l’octroi d’un soutien personnalisé sur le lieu de travail aux personnes qui bénéficient actuellement d’allocations de malade ou d’invalidité, l’encouragement de la transition vers l’emploi et de l’intégration par le biais d’un accompagnement et d’une formation, et l’amélioration ou l’accélération du processus d’accréditation de l’éducation et des qualifications professionnelles acquises à l’étranger. D’importantes réformes de l’environnement des affaires sont en cours, notamment l’amélioration des cadres de restructuration et d’insolvabilité, la numérisation du système judiciaire et le déploiement des réseaux 5G. Les gouvernements fédéral et régionaux renforcent la surveillance et la préparation aux cyber-risques dans l’économie.

17. L’indexation automatique des salaires a permis de protéger le pouvoir d’achat des ménages assez rapidement, mais des modifications doivent être envisagées. La hausse des salaires via le système d’indexation permet de limiter le soutien gouvernemental en cas de choc inflationniste. Cependant, l’indexation fait peser la charge de l’ajustement à la hausse des prix principalement sur les employeurs, ce qui risque d’affaiblir les bilans des entreprises et leur compétitivité internationale, et donc de freiner l’investissement et la croissance économique. Si la loi relative au salaire établit un équilibre entre la garantie d’une indexation automatique des salaires basée sur l’inflation et un mécanisme correcteur destiné à préserver la compétitivité extérieure, elle implique des périodes prolongées d’absence d’augmentation ou d’augmentation restreinte des salaires réels à la suite de chocs inflationnistes. Dans le but de faciliter les négociations entre les partenaires sociaux, il est donc courant que le gouvernement intervienne dans les négociations collectives, ce qui s’accompagne souvent de supports budgétaires coûteux pour parvenir à un accord. En outre, les restrictions sur les augmentations des salaires réels imposées par la loi sur les salaires en période d’inflation élevée peuvent renforcer les rigidités du marché du travail en réduisant la marge de différenciation des salaires réels entre les secteurs ou les entreprises en fonction de l’évolution de la productivité. En vue de préserver les avantages de l’indexation des salaires tout en améliorant la viabilité du cadre à long terme, les autorités et les parties prenantes devraient envisager des adaptations une fois que la période actuelle de fortes tensions inflationnistes sera passée. En particulier, la référence pour l’indexation, l’indice dit « de santé" pourrait être ajustée afin d’exclure d’autres éléments soumis à une forte volatilité des prix en à la suite de chocs sur les termes de l’échange, tels que les produits sensibles aux fluctuations des prix mondiaux des matières premières, les groupes vulnérables recevant une compensation pour les pertes de pouvoir d’achat dues à ces chocs, par un soutien budgétaire bien ciblé. En outre, il faudrait envisager d’intégrer les tendances de la productivité et d’examiner un ensemble plus large d’économies de référence lors de l’analyse de l’évolution de la compétitivité conformément aux dispositions de la loi relative au salaire.

18. Afin d’honorer les objectifs climatiques ambitieux, il faudra mettre en place un ensemble plus large d’initiatives et se concentrer davantage sur l’exécution et la coordination. Les progrès sont limités en termes d’alignement des politiques climatiques nationales sur le plan plus ambitieux d’« Ajustement à l’objectif 55 » (47 % de réduction nationale des émissions d’ici à 2030 pour les secteurs non couverts par le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (SEQE)). L’UE a identifié plusieurs lacunes et insuffisances dans le plan actuel des autorités (2019), notamment des émissions élevées provenant des transports et des bâtiments, des différences d’objectifs et de politiques entre le niveau fédéral et régional, une nécessité d’actions plus ambitieuses en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, un besoin d’attention accrue aux subventions et un nombre restreint d’informations quantifiées sur les besoins d’investissement. Certaines de ces problématiques ont été en partie abordées dans le cadre du plan pour la reprise et la résilience (PRR), mais de nombreux efforts doivent encore être consentis concernant la définition et la mise en œuvre des politiques. Les autorités reconnaissent la nécessité de baisser le prix relatif des énergies vertes

Cela devrait être implémenté par l’intégration progressive d’une composante carbone plus élevée dans le régime d’accises sur les carburants à mesure que les prix internationaux de l’énergie diminuent, par la réduction des subventions (cartes de carburant, diesel commercial, mazout de chauffage), par l’introduction d’un système de taxation avec remise (feebates) pour le secteur de l’électricité et les autres utilisateurs, par la rationalisation des redevances et des prélèvements du réseau électrique et par l’apport d’une protection sociale ciblée avec un soutien en espèces plutôt qu’un soutien basé sur l’énergie. Il faudrait introduire un relevé de l’électricité en temps réel et une tarification de la distance et de la congestion. Les réformes complémentaires, non tarifaires, devraient porter sur le renforcement de la coordination/du partage des charges entre les niveaux fédéral et régional et sur l’amélioration des investissements publics liés au climat.

19. La Belgique est un important pôle énergétique en Europe occidentale et les autorités ont pris des mesures substantielles pour consolider la sécurité énergétique. Celles-ci comprennent notamment la décision prise en mars 2022 de prolonger de dix ans l’exploitation de deux centrales nucléaires et les efforts visant à assurer d’autres sources d’approvisionnement en gaz par le biais de gazoducs et de livraisons de GNL, ce qui a permis de remplir les installations de stockage dans la région et d’augmenter la production d’électricité, les centrales nucléaires des pays voisins étant en cours de maintenance. De nouveaux investissements considérables sont effectués dans les parcs éoliens offshore, dans l’hydrogène et dans d’autres initiatives relatives aux énergies renouvelables, notamment avec le soutien du PRR de l’UE. Ces importants efforts doivent se poursuivre.

L’équipe du FMI tient à remercier les autorités belges et les autres parties prenantes pour leur hospitalité, leurs discussions intéressantes et leur collaboration productive. Nous sommes particulièrement reconnaissants à la Banque nationale de Belgique pour son aide dans l’organisation des réunions et de la logistique.

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