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Regarder le chemin parcouru afin d'éclairer celui qui commence ...

​En quelques lignes un "dinosaure de la profession" livre l’essentiel à mettre en pratique tant en s’installant comme expert-comptable que tout au cours de sa carrière : aimer ses clients, prendre soin des équipes ne jamais rester seul, s’entourer intelligemment et investir dans l’humain autant que dans la technique.

Derrière la complexité croissante du métier, une conviction forte : notre valeur ne réside pas dans les chiffres ni dans le conseil fiscal, mais dans le sens que nous leur donnons et dans la qualité des relations que nous construisons.

Ce condensé d’expérience mérite bien 4 min 29 s de lecture..

Cher Arnaud,

Tu me demandes quels conseils un dinosaure de la profession pourrait transmettre à un jeune expert-comptable qui s’installe.

La question m’interpelle. Elle m’oblige à regarder derrière moi tout en gardant les yeux tournés vers demain.

Le premier conseil me vient spontanément : intéresse-toi à tes clients, oui, aime tes clients, car c’est eux qui te vont vivre dans tous les sens du terme.


Au-delà des bilans, des déclarations et des tableaux de bord, découvre leurs métiers, leurs projets, leurs inquiétudes, leurs réussites et parfois même leurs échecs. Derrière chaque dossier se trouve une histoire humaine. Nos clients ne nous confient pas seulement des chiffres ; ils nous confient souvent une partie de leur vie professionnelle, parfois même de leur vie tout court.

Cette proximité ne s'apprend dans aucun manuel. Elle naît de l'écoute, de la curiosité et de l'authenticité. Elle est pourtant l'un des plus beaux fondements de notre métier.

Le même conseil vaut pour tes collaborateurs.


Être dirigeant d'un cabinet ne consiste pas uniquement à organiser le travail ou à répartir les dossiers. C'est aussi prendre soin des femmes et des hommes qui t'accompagnent au quotidien.

Une porte ouverte, une poignée de main, un bonjour sincère, un regard attentif permettent souvent de détecter une difficulté avant qu'elle ne devienne un problème. Les grandes théories sur la qualité de vie au travail ont leur utilité, mais rien ne remplace l'attention portée à l'autre.

Souviens-toi également de ce que tu as vécu comme stagiaire salarié. Conserve précieusement ce qui t'a aidé à grandir et évite de reproduire ce qui t'a blessé ou découragé.

Autre recommandation : ne reste jamais seul.


Notre métier est devenu trop complexe pour qu'une seule personne puisse exceller simultanément dans tous les domaines. Nous devons être techniciens, gestionnaires, développeurs, communicants, recruteurs, managers et désormais comprendre les bouleversements technologiques qui s'annoncent.

L'association constitue souvent une excellente réponse. Mais permet-moi d'y ajouter une nuance issue de l'expérience.

Au risque de surprendre, je dirais qu'une association est toujours difficile. Non pas parce que les associés sont de difficiles personnes, mais parce qu'ils sont humains. Après avoir observé, vécu ou accompagné, en tant que médiateur, de nombreuses situations au cours de ma vie professionnelle, j'ai constaté que les désaccords naissent rarement sur les grands principes. Ils commencent souvent par de petites choses : une décision prise sans concertation, une perception différente de l'investissement de chacun, une incompréhension sur les responsabilités ou simplement un manque de dialogue.

Si tu choisis cette voie, je te conseille donc vivement de prévoir dès le départ un pacte d'associés clair, précis et complet. Ce document n'est pas destiné aux périodes heureuses où tout va bien ; il est là pour protéger la relation lorsque surviennent les premières turbulences. Une bonne association repose bien sûr sur la confiance, mais aussi sur des règles du jeu connues et acceptées par chacun.

Si l'association ne correspond pas à ton tempérament, rejoins au minimum un réseau professionnel solide. Tu y trouveras des échanges, des outils, des conseils, des expériences partagées et parfois simplement une oreille attentive lorsque les décisions deviennent plus difficiles. Le réseau ne remplace pas l'association, mais il permet de rompre l'isolement auquel sont souvent confrontés les dirigeants de cabinets.

N'essaie pas non plus de tout faire toi-même.


Construis progressivement autour de toi un cercle de compétences complémentaires : avocats, spécialistes du droit des sociétés, du droit social, du droit des entreprises en difficulté, conseillers patrimoniaux, experts sectoriels.
Tu rendras un meilleur service à tes clients et tu continueras à apprendre chaque jour.

La véritable expertise consiste parfois à savoir reconnaître que quelqu'un d'autre est mieux placé que nous pour répondre à un besoin particulier.

Parlons également du développement du cabinet.

Le mot « commercial » gêne parfois dans notre profession. Pourtant, il ne faut pas en avoir peur. Développer son activité, c'est avant tout créer des rencontres et susciter la confiance.

Participe à la vie économique de ta région. Fréquente les chambres de commerce et d’industrie, les organisations professionnelles, les associations d'entrepreneurs, les réseaux locaux. Intéresse-toi aux autres avant de chercher à parler de toi.

Mais n'oublie jamais que la meilleure publicité demeure la satisfaction de tes clients. Un client satisfait devient souvent un ambassadeur bien plus efficace que n'importe quelle campagne de communication.

Et puis, lorsqu'une occasion se présente, n'hésite jamais à dire avec simplicité et fierté quel est ton métier. Une carte de visite remise au bon moment ouvre parfois des portes inattendues.

Enfin, investis sans compter dans ta formation.


La fiscalité évoluera. La comptabilité se transformera. Les technologies bouleverseront certaines de nos pratiques. L'intelligence artificielle accomplira demain des tâches qui occupent encore aujourd'hui une partie importante de notre temps.
Mais plus ces outils progresseront, plus les qualités humaines, relationnelles, managériales et stratégiques deviendront précieuses.

Je t'encourage donc à te former non seulement à la technique, mais aussi au management, à la communication, à l'accompagnement des dirigeants et à tout ce qui permet de mieux comprendre l'humain.
Je regrette parfois que les formations fiscales et normatives , pourtant indispensables, soient infiniment plus nombreuses que celles consacrées au management des cabinets, à la gestion des équipes, à l'écoute ou au leadership. Pourtant, ce sont souvent ces compétences qui font la différence entre un bon technicien et un dirigeant capable de construire une organisation durable.

Car l'avenir de notre profession ne se jouera probablement pas sur notre capacité à produire davantage de chiffres ou de conseils fiscaux, car l’IA s’en chargera.
Il se jouera sur notre capacité à donner du sens à ces chiffres et à ces conseils , à éclairer les décisions et à accompagner les femmes et les hommes qui entreprennent.

Après une longue vie professionnelle, je peux témoigner d'une chose.

Les souvenirs les plus précieux ne sont ni les bilans établis, ni les déclarations déposées, ni même les succès financiers.
Ce dont je me souviens avant tout, ce sont les rencontres. Les entrepreneurs que j'ai vus grandir, les collaborateurs qui se sont épanouis, les clients accompagnés dans les moments heureux comme dans les périodes difficiles, les amitiés nées au fil des années.
Les chiffres occupent nos journées. Les êtres humains donnent un sens à notre parcours.

Ne l'oublie jamais : dans notre métier, la compétence est indispensable, mais l'humanité fait souvent toute la différence
.
Dans cet esprit , je te souhaite une belle route professionnelle.
Elle sera exigeante, parfois semée d'embûches, mais elle demeure l'un des plus beaux métiers qui soient lorsqu'on choisit de l'exercer avec compétence, passion et humanité.
Bien amicalement,
Guy





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