
L’incertitude économique et l’avènement de l’IA dans les entreprises belges n’incitent pas les employeurs à procéder à des licenciements massifs. Plus encore : 40,7 % des entreprises occupant plus de 10 travailleurs s’attendent à avoir davantage de personnel en fin d’année que ce n’est le cas actuellement. En outre, 43,7 % partent du principe qu’elles auront d’ici fin 2026 autant de collaborateurs en service qu’aujourd'hui. Seulement 15,6 % des employeurs tablent sur une baisse de leur effectif, un recul léger mais non significatif par rapport à la même période l’an dernier.

Illustration 1 : Attentes des employeurs (> 10 travailleurs) concernant la croissance de l’effectif 2026 – Enquête miroir Acerta
Les chiffres concernant les projets d’avenir des entreprises belges masquent toutefois le fait qu’un certain nombre d’entre elles prévoient bel et bien de procéder à des adaptations importantes de leur effectif en 2026. Ainsi, 12,8 % des employeurs déclarent qu’ils procéderont certainement à une restructuration en 2026, tandis qu’un autre quart (26,7 %) envisage ce scénario. Des fusions sont également à l’ordre du jour : 11,8 % s’attendent à réaliser une fusion cette année et 16,6 % envisagent cette possibilité. Enfin, 5,9 % des employeurs vont jusqu’à envisager une cessation complète des activités.
Cette dynamique n’est pas sans conséquences sur le lieu de travail. Bien que la majorité des travailleurs déclarent se sentir en sécurité dans leur emploi actuel, 20,6 % sont quelque peu inquiets de perdre leur travail et 4,7 % sont même très inquiets. Les explications données par les travailleurs eux-mêmes sont remarquablement proches de ce que ressentent les employeurs : la peur de restructurations et de cessations est la raison la plus souvent citée dans ce contexte (32,6 %), suivie de l’incertitude économique générale (19,4 %) et, dans une moindre mesure, de la crainte d’un licenciement collectif (7,5 %). L’inquiétude que l’IA rende l’emploi superflu est également citée par un travailleur sur dix (9,6 %) comme principale raison.
En outre, l’insécurité de l’emploi n’est pas uniformément répartie. Les jeunes de 18 à 35 ans, en particulier, sont les plus préoccupés par cette question : près d’un sur trois (30,1 %) éprouve un sentiment d’insécurité. L’inquiétude est également plus forte chez les ouvriers que chez les employés, un ouvrier sur trois (32,2 %) se fait du souci et 6,9 % sont même très inquiets. C’est dans les petites entreprises occupant moins de 10 travailleurs que l’inquiétude est la plus prononcée : 28,4 % des travailleurs de petites entreprises s’inquiètent modérément et 6,1 % fortement de l’avenir de leur emploi, tandis que les travailleurs de grandes entreprises font état d’une incertitude nettement moindre.

Illustration 2 : Inquiétude de perdre son emploi 2026 – Enquête miroir Acerta ; 0-5 : (plutôt) pas inquiet ; 6-8 : (plutôt) inquiet ; 9-10 : très inquiet
Maria Ferritto, experte chez Acerta, indique : « Quand le contexte change, les entreprises doivent suivre cette évolution pour rester pérennes. Il en va de même pour les travailleurs : ceux qui misent sur les compétences et l’employabilité durable restent pertinents, même si les fonctions ou les structures changent. Les entreprises qui connaissent une transition importante, comme une restructuration, une fusion ou une cessation, doivent garder à l’esprit que cette situation est source de grande incertitude pour les travailleurs. D’où l’importance cruciale de la manière dont vous abordez cette transition : par une communication claire et opportune ainsi qu’un accompagnement axé sur l’humain, les employeurs peuvent limiter l’impact et maintenir la confiance. La capacité d’adaptation est alors une compétence fondamentale à encourager. En collaboration avec AMS, Acerta a développé un outil scientifique pour mieux cerner et développer cette compétence. Et s’il y a malgré tout licenciement, un accompagnement professionnel vers un nouveau travail – comme le reclassement professionnel – fait à son tour une différence visible pour les personnes qui partent. Mais il est tout aussi important d’accorder de l’attention à ceux qui restent : reconnecter les équipes, redéfinir les rôles et maintenir la charge de travail gérable. L’emploi durable ne signifie donc pas "ne rien changer", mais changer de manière responsable, en se souciant à la fois de la continuité et de l’aspect humain. »
Il n’est donc pas surprenant que la sécurité de l’emploi en 2026 figure parmi les priorités des employeurs en matière de RH. L’enquête révèle que les entreprises veulent surtout miser sur deux facteurs clés cette année pour attirer et retenir les talents : la sécurité de l’emploi et, plus encore, l’équilibre vie professionnelle-vie privée. Cet accent coïncide avec les aspects que les travailleurs eux-mêmes jugent le plus important chez un employeur.

Illustration 3 : Accent RH pour 2026, employeurs (> 10 travailleurs) et travailleurs – Enquête miroir Acerta
Maria Ferritto conclut : « En 2026, les entreprises misent plus que jamais sur un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour leurs travailleurs. Cet accent supplémentaire est nécessaire : notre enquête révèle que 45 % des travailleurs ressentent une charge de travail (trop) élevée, un constat partagé par les employeurs. Le message est clair : si l’on veut attirer et retenir les talents, il faut veiller à des emplois viables. Aujourd’hui, une absence de longue durée n’a pas seulement un impact humain, mais aussi un coût concret et un effet organisationnel pour les entreprises. Les évolutions récentes dans l’approche de l’incapacité de travail de longue durée renforcent encore cette situation : les employeurs partagent plus que jamais, y compris financièrement, une responsabilité dans la prévention des absences et le soutien à la réinsertion. Une stratégie préventive en matière de bien-être est donc à la fois un levier stratégique pour les talents et un élément indispensable de la gestion des risques. »