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La politique monétaire américaine: un danger imminent pour le monde entier

Les choix actuels — qu'il s'agisse de la gestion de la dette, de la politique monétaire ou de l'approche commerciale — sont lourds de conséquences. D'autant que, plus qu'une monnaie, le constitue un levier d'influence géopolitique.


L'économie mondiale est à un carrefour, et les orientations économiques des États-Unis sont au cœur des préoccupations. Loin d'une simple gestion conjoncturelle, la politique américaine récente semble s'inscrire dans une stratégie audacieuse visant à remodeler les équilibres financiers et commerciaux mondiaux.

Trois objectifs majeurs se dessinent : une réindustrialisation accrue des États-Unis par l'attraction d'entreprises étrangères, un affaiblissement du dollar pour doper les exportations nationales, et la recherche de créanciers conciliants pour financer une dette publique en forte croissance.

La place prépondérante du dollar américain dans l'économie mondiale est un fait établi. Utilisé dans une grande majorité des échanges internationaux, le dollar est bien plus qu'une monnaie : il constitue un levier d'influence géopolitique. Cette domination confère aux États-Unis un avantage singulier : la capacité de s'endetter massivement dans leur propre monnaie, ce que d'aucuns ont qualifié de "privilège exorbitant". L'histoire monétaire américaine, depuis le démantèlement du système de Bretton Woods en 1971 (qui liait le dollar à l'or), a montré une tendance à l'unilatéralisme, les États-Unis ayant souvent fait porter le coût des ajustements monétaires au reste du monde.


Tensions commerciales

Cette approche se reflète dans les tensions commerciales actuelles. L'imposition de droits de douane, bien qu'apparemment contradictoire avec un dollar faible, peut être interprétée comme un instrument de négociation. L'objectif pourrait être de contraindre les partenaires commerciaux à des concessions : ouvrir davantage leurs marchés aux produits américains ou souscrire aux obligations du Trésor américain, potentiellement en échange d'un soutien militaire ou d'un accès privilégié au marché américain. Cette logique transforme les relations commerciales en rapports d'allégeance politique, où les parités de change ne refléteraient plus seulement les fondamentaux économiques, mais aussi la loyauté.

L'idée d'une Amérique qui, face à ses vulnérabilités internes, se tourne vers l'agressivité sur la scène internationale n'est pas nouvelle, mais son amplification dans un monde interconnecté est inédite.


La dette publique américaine, quant à elle, suit une trajectoire particulièrement préoccupante. Alimentée par des déficits budgétaires chroniques et d'importantes baisses d'impôts, elle pourrait atteindre des niveaux jamais vus par rapport au PIB dans les années à venir. Une dette aussi élevée, couplée à une inflation potentiellement persistante, devrait normalement entraîner une hausse des taux d'intérêt. Cependant, l'administration pourrait chercher à maintenir des coûts de financement bas, ce qui passerait par une intervention dans l'indépendance de la Réserve fédérale, l'incitant à acheter massivement des obligations d'État.


Chute prévisible

Concrètement, si en mai 2026 Donald Trump nommait l'un de ses fidèles, la Réserve fédérale pourrait être contrainte d'abaisser les taux d'intérêt à court terme, potentiellement en dessous du taux d'inflation. Toutefois, les taux d'intérêt américains à long terme resteraient élevés pour deux raisons : la protection contre l'inflation future et le risque de défaut sélectif des États-Unis sur leur dette publique. Mais cela signifierait que, si l'on déduit l'inflation et le risque de défaut des taux d'intérêt (à court et à long terme), les taux réels américains deviendraient négatifs — d'où une chute prévisible du dollar.

Parallèlement, de nouvelles formes monétaires émergent : les stablecoins privés. Ces jetons numériques, adossés à des bons du Trésor américain, créent une sorte de monnaie parallèle. Alors que le dollar traditionnel ne rapporte pas d'intérêts en soi, les stablecoins génèrent des rendements pour leurs émetteurs via les intérêts des bons qu'ils détiennent, finançant ainsi indirectement la dette publique américaine. Une prolifération non régulée de ces stablecoins pourrait amplifier les paniques bancaires et, en cas de défaillance de leurs réserves, menacer la stabilité financière mondiale. Leur succès, qui pourrait un jour surpasser le dollar fiduciaire en fiabilité perçue, soulève la question de la loi de Gresham ("la mauvaise monnaie chasse la bonne") — mais dans une inversion paradoxale où le dollar politisé et inflationniste (celui que nous connaissons) deviendrait la "mauvaise monnaie" à éviter.


Amplification

Les implications d'une telle situation sont profondes. Une dépréciation du dollar, qu'elle soit volontaire ou subie, pénaliserait les détenteurs étrangers de dettes américaines et entraînerait une instabilité globale. Ce scénario rappelle certains épisodes historiques : les politiques isolationnistes et de réduction des impôts du début du XXe siècle aux États-Unis ont précédé et amplifié le krach de 1929. L'idée d'une Amérique qui, face à ses vulnérabilités internes, se tourne vers l'agressivité sur la scène internationale n'est pas nouvelle, mais son amplification dans un monde interconnecté est inédite.

En définitive, l'économie américaine se trouve à un moment charnière. Les choix actuels — qu'il s'agisse de la gestion de la dette, de la politique monétaire ou de l'approche commerciale — sont lourds de conséquences. Ils soulignent la nécessité de repenser les modèles économiques et sociaux pour restaurer la confiance dans un système qui semble, par ses propres excès, générer un chaos calculé dont les répercussions pourraient être mondiales. La question n'est donc plus de savoir si une crise surviendra, mais quelle en sera l'ampleur et quelles seront ses conséquences sur l'ordre économique international.

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