
Quels desseins sombres les Républicains doivent-ils entretenir pour laisser Trump s’enrichir, au risque de délits d’initiés et de manipulations boursières ?
Comment ne pas pressentir une révolte populaire face au cynisme qui anime désormais certains dirigeants du monde ?
Autrefois, l’enrichissement frauduleux était l’apanage de quelques dictateurs et potentats qui pillaient leur pays en sachant leurs jours comptés. Ils dissimulaient leur fortune à l’étranger et préparaient leur fuite. Ces pratiques étaient officiellement condamnées par les démocraties.
Aujourd’hui, la confusion entre pouvoir politique, intérêts familiaux et enrichissement personnel semble pouvoir s’exercer au grand jour.
Trump Media, contrôlé majoritairement par la famille Trump, veut vendre à de grandes sociétés financières un accès ultrarapide aux publications les plus influentes de Truth Social, notamment celles du président américain. Les clients pourraient recevoir certains messages quelques millisecondes avant leur diffusion publique.
Or, les déclarations de Donald Trump sur la guerre, les négociations diplomatiques, le pétrole ou certaines entreprises peuvent faire instantanément fluctuer les marchés. Elles peuvent faire apparaître ou disparaître des milliards de dollars. Dans le trading à haute fréquence, quelques millisecondes peuvent représenter un avantage financier considérable.
Le problème n’est donc pas seulement technologique. Il est moral, démocratique et potentiellement légal.
Un président détient, par sa fonction, des informations susceptibles d’influencer les marchés. Sa parole engage un État, une diplomatie, parfois la paix et la guerre. Que l’entreprise de sa famille puisse monétiser la vitesse d’accès à cette parole crée une confusion vertigineuse entre l’information présidentielle et l’exploitation commerciale.
Il ne s’agit même plus de s’enrichir grâce au pouvoir. Il s’agit de transformer l’exercice du pouvoir en produit financier : une information d’intérêt public devient une donnée privilégiée, accessible plus rapidement à ceux qui peuvent la payer.
J’ai pourtant retenu de mes études aux États-Unis qu’il y existait deux interdits presque sacrés : tricher avec la Bourse et tricher avec le fisc.
Comment le Parti républicain peut-il accepter que ces frontières soient ainsi brouillées ?
Quels intérêts, quelles dépendances ou quels calculs peuvent expliquer un tel silence ?
La morale en politique n’est pas un ornement.
Elle est l’infrastructure invisible de la démocratie.
Lorsqu’elle disparaît, le consentement à l’impôt, à l’autorité et à l’ordre social s’en trouve aboli.
Et la colère qui suit est rarement mesurée.