Jeune talent: Comment repérer un cabinet “kakistocrate” avant d’y entrer ?
Temps de lecture: 5 min | 30 janv. 2026 à 05:00
Guy KAHN
Président @ Experts-comptables sans frontières | Administrateur @ Forum For the Future
Lorsque les chiffres parlent ...
- L’ITAA faisait état d’une pénurie croissante de comptables : 94 % des cabinets auraient des difficultés à engager du personnel.
- Une enquête (Trends) évoque même un candidat pour dix postes ouverts en fiduciaire, dans une véritable « guerre des talents ».
- Une étude Acerta confirme que plus de 80 % des cabinets se disent confrontés à une pénurie aiguë de personnel qualifié.
Vous comprendrez dès lors pourquoi, depuis plusieurs chroniques, je vous parle de la Génération Z, de ses attentes et de sa quête de sens.
Aujourd’hui, et pour la dernière fois , en ce qui concerne cette problématique, je vous partage une rencontre avec Camille.
Alors, imaginons que tu sois assis.e en face de moi, jeune diplômé.e ou jeune professionnel.le, en recherche d’un cabinet où construire ta route. Tu viens de répondre à une annonce ou tu hésites devant une proposition, et tu me demandes : « Comment savoir si je ne vais pas atterrir dans un cabinet dirigépar des incompétent.e.s ? »
Je voudrais te répondre comme un ancien qui a vu passer des cabinets, des équipes, des générations, des réussites… et des casse-têtes humains. Je voudrais te transmettre quelques repères simples pour éviter ce que j’appelle une forme de “kakistocratie”:le pouvoir des pires, ou disons, des moins apte.e.s à diriger des êtres humains.
Quand le cabinet sonne faux
Beaucoup de cabinets belges sont à taille humaine, parfois très familiaux. C’est une richesse, à condition que la famille ne devienne pas un clan. Si, en entretien, tu n’entends que«ici, on a toujoursétéentre nous»,«tout le monde se connaît depuis vingt ans»et que tu seras«l’exception»,pose-toi des questions.
Observe aussi ton recrutement : les rendez-vous sont-ils préparés, respectés, cohérents ? Sais-tu qui tu rencontres et pourquoi, ou as-tu l’impression qu’on t’attrape entre deux dossiers pour expédier un entretien un vendredi fin de journée ? Dans un métier où la rigueur est centrale, un recrutement improvisé est déjà un signal.
Le poste… ou le flou
Nos cabinets jonglent avec mille réalités. Un peu de flexibilité est normal. Mais si, à tes questions, tu n’obtiens que des réponses vagues,«on verra plus tard»,«le poste va se construire»,«tout le monde fait un peu de tout»– sans vision claire de ce que tu feras, avec qui, et sous quelle supervision,prends du recul.
Même chose pour la formation, l’évolution, la rémunération. Dans une profession fortement régulée, un cabinet incapable d’expliquer comment il organise la formation continue, le partage des dossiers et la montée en compétence t’envoie un message : ce ne sont pas ses priorités.
Les signaux humains
Souvent, ce sont les petites phrases qui trahissent la culture d’un cabinet. Comment parle-t-on des personnes parties avant toi ? Avec respect ou avec mépris ? Comment réagit-on quand tu évoques la charge de travail, l’équilibre de vie, le télétravail ? Soupirs, ironie… ou vraie discussion, honnête, même si tout n’est pas parfait ?
Regarde aussi le turnover. Si tes deux prédécesseur.e.s n’ont tenu que quelques mois, demande : « Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Qu’avez-vous changé ? » Un cabinet lucide explique ce qu’il a appris. Un cabinet “kakistocrate” se contentera de critiquer ceux qui sont parti.e.s.
Choisir, c’est te respecter
Dire oui à un cabinet, ce n’est pas seulement accepter un job. C’est entrer dans une communauté professionnelle et confier une part de ta santé, de ta dignité, de ta trajectoire de vie.
Ose poser des questions précises. Demande à rencontrer un.e futur.e collègue. Informe-toi auprès d’anciens, des réseaux, du tissu professionnel. Regarde si l’on te considère comme un.e futur.e partenaire de route ou comme une simple “ressource”.
Et si, malgré tout, tu ressens un malaise, cette petite voix qui te dit “non”, écoute-la. Refuser une mauvaise proposition n’est pas de l’arrogance : c’est un acte de protection, de lucidité, et de fidélité à ce qui t’a donné envie de choisir ce métier.
Un jour, quand on t’enverra un jeune collègue en te disant«va le voir, il ou elle pourra te conseiller»,j’espère que tu te souviendras de ceci : la vraie compétence ne se mesure pas qu’aux bilans bien tenus, maisàla manière dont on prend soin desêtres humains qui les produisent.
PS : Si je pointe certains dysfonctionnements possibles lors du recrutement dans notre profession, ce n’est jamais en référence aux cabinets qui me lisent. Je connais la qualité de leur engagement, leur exigence et leur souci constant du bien-être de leurs équipes.