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Du charbon à l’or noir, de la livre sterling au dollar: la grande bascule de la puissance énergétique et monétaire

Lors d’un colloque économique tenu à l’ULB, l’un de nos économistes les plus sages et éminents, Bernard Snoy et d’Oppuers, ancien représentant de la Belgique au FMI et figure respectée des institutions internationales, m’a rappelé une vérité historique que je souhaite partager avec vous.

Il s’agit de la transition historique de la livre sterling vers le dollar comme monnaie de référence mondiale. J’ai toujours eu le sentiment que le point de bascule s’est produit en 1925, lorsque Winston Churchill, alors chancelier de l’Échiquier, décida de rétablir la livre sterling à sa parité d’avant-guerre avec l’or. Cette parité, largement surévaluée, pénalisa lourdement les exportations britanniques et renchérit les importations, plongeant le Royaume-Uni dans une récession douloureuse. Churchill reconnut d’ailleurs, à la fin de sa vie, que cette décision monétaire avait été la pire de son existence – omettant peut-être, avec une certaine pudeur, le désastre des Dardanelles de 1915, lorsqu’il était premier lord de l’Amirauté.

Mais il y a plus. C’est précisément à cette époque que le charbon, pilier historique de la puissance britannique, fut progressivement supplanté par le pétrole, ressource dont les États-Unis contrôlaient alors les principaux gisements et les routes d’approvisionnement.

Si l’on admet qu’une monnaie, au-delà de sa capacité d’intervention militaire, est ultimement garantie par l’unité de puissance réelle – c’est-à-dire par le joule d’énergie disponible –, alors la domination du dollar s’éclaire pleinement.Cette domination fut officiellement consacrée lors des accords de Bretton Woods en juillet 1944, qui firent du dollar la monnaie pivot du système international, convertible en or. Même après que les États-Unis mirent fin unilatéralement à cette convertibilité en août 1971 (le « Nixon Shock »), le dollar conserva son statut d’étalon de fait.À la lumière de cette grille de lecture énergétique, les guerres américaines du XXe et du XXIe siècle prennent un relief particulier.

On peut y voir, au-delà des discours officiels sur la démocratie et la liberté, une logique plus prosaïque : lorsque les États-Unis interviennent militairement, il y a souvent, derrière la rhétorique, du pétrole en jeu. L’histoire récente au Moyen-Orient en offre des exemples récurrents.

Ainsi, le passage du charbon britannique au pétrole américain ne fut pas seulement une transition technologique. Il fut le vecteur d’un changement de civilisation monétaire et géopolitique dont nous ressentons encore aujourd’hui les effets profonds.​

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Publié le 25 Mar 2026 à 05:00
Lecture de 2min