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De quel choc culturel la Wallonie a-t-elle besoin ?

« Wallons-y », tel est le slogan de ralliement fort bien trouvé du mouvement initié début juin par Pulse Foundation, AKT, L’Écho et Wallonie Entreprendre pour promouvoir l’esprit d’entreprise en Wallonie. Ce slogan est le bon car, outre le jeu de mot, il y a aussi qu’il met en exergue qu’entreprendre n’est pas d’abord une question de profit pour aguicher, de fiscalité pour ne pas décourager ou de réglementation pour ne pas entraver mais est une question d’état d’esprit, une question de culture.

Comment expliquer que l’emploi hors secteur non marchand soit à ce point moins développé en Wallonie que dans les régions et pays avoisinants ? Comment expliquer le faible nombre d’entreprises wallonnes de taille significative ? Le discours sur la spécificité des préférences socio-économiques des Wallons et sur « les deux démocraties » parfois entendu a pris l’eau avec les élections de 2024, sans surprendre celles et ceux qui avaient déjà pointé la grande convergence entre Flamands et Wallons dans les enquêtes sur les valeurs des citoyens. Il est une autre explication facile, qui relève de la gouvernance publique. Ce n’est pas que les Wallons sont différents, c’est que les représentations politiques et plus encore l’implémentation des politiques seraient différentes. Une troisième explication fréquemment entendue est celle du legs de l’histoire, avec un capitalisme plus précoce ici et, lié à cela, avec donc des déclins sectoriels plus précoces, ce qui a conféré au libéralisme une image négative, celle de l’exploitation puis de l’abandon, avec ce que cela veut dire en termes d’absence de respect, de loyauté et de reconnaissance.

Ne pas aimer la réussite ou blâmer l’échec

La Wallonie aurait-elle un problème avec les entreprises et les entrepreneurs qui réussissent ? Les Wallons auraient-ils un problème avec les têtes qui dépassent ? La thèse est avancée par certains entrepreneurs à succès. Leur ressentiment doit être pris au sérieux, ne serait-ce que parce parfois « perception is reality », mais il ne faut jamais s’arrêter à une seule explication, qui peut n’être que partielle. Et cela d’autant plus qu’il est des signes allant en sens contraire. GSK hier, Odoo aujourd’hui, la Wallonie est fort loin d’avoir dénigré les plus grands succès enregistrés sur son territoire. Le Plan Marshall, porté par des élus socialistes, a toujours cherché à propager une image positive des entreprises wallonnes « successful ». Et les élus régionaux ont porté au niveau fédéral des demandes de soutien à leurs champions locaux. Pour reprendre les deux exemples cités, ce fut, d’une part, les mesures fiscales de faveur pour les chercheurs et les revenus tirés de la recherche et, d’autre part, l’extension du régime des droits d’auteur, des mesures pourtant aisément critiquables, ne figurant comme recommandation dans aucun manuel de politique économique et ne bénéficiant d’aucune validation d’impact enthousiaste.

Ce n’est peut-être pas tant avec le succès que nous avons un problème qu’avec l’échec. Lancer une entreprise, c’est oser, c’est essayer, c’est apprendre, mais quand la réussite n’est pas là, au lieu de valoriser l’audace et l’apprentissage, c’est la stigmatisation. Si cela ne marche pas, c’est que l’on a mal étudié le marché, c’est qu’on n’a pas la compétence, c’est qu’on a mal choisi ses partenaires, c’est qu’on a été présomptueux, c’est qu’on ne s’est pas mouillé le maillot comme il fallait.

Le facteur chance

Bien sûr qu’une part des échecs en entreprise tient à de tels facteurs, et cela rappelle qu’il ne faut surtout pas pousser l’entrepreneuriat pour tous et en toutes circonstances, sans discernement, mais il faut, dans la réussite comme dans l’échec, d’abord reconnaître le poids du facteur chance. Or, cela, c’est, d’une certaine manière, réduire le mérite de celles et ceux qui ont réussi, ce que ces personnes ont du mal à accepter, bien sûr, c’est humain. Et cela peut aussi apparaître comme un discours anti-entrepreneurial, si la perception alors est que se lancer revient à jouer aux dés. Quoi qu’il en soit, le poids du hasard fait que nous nous devons d’avoir un a priori positif à l’encontre de celui qui a essayé, quel que soit le résultat.

Discours vérité

Il est un dernier élément à mettre en avant. Les élus régionaux au pouvoir ont longtemps porté un discours de rattrapage de la Wallonie, notamment par rapport à la Flandre, histoire de se glorifier évidemment mais aussi, se justifiaient-ils, pour ne pas « désespérer Billancourt », selon le mot prêté à Jean-Paul Sartre. Dire que cela va de mal en pis était perçu comme allant aggraver la situation, en décourageant celles et ceux qui auraient pu entreprendre.

En économie, nous connaissons bien la notion de prédiction auto-réalisatrice, mais ne vaut-il pas mieux un discours vérité ? Le Portugal d’il y a une douzaine d’années était dans un tel état de recul que l’illusion n’était pas permise, et cela n’a pas empêché, certes avec des sacrifices très pénibles, un véritable rebond. Les Wallons réalisent-ils qu’aujourd’hui, en moyenne, le PIB par habitant est plus élevé en Pologne que chez eux ? Réalisent-ils l’ampleur de la déperdition de richesse et de bien-être de leur région, une des pires situations en Europe ? Tenir ce discours en effrayera certains, les décourageant ou les faisant fuir. Tant pis. Pour que la reprise repose sur des bases pérennes, c’est avec les autres qu’il faut se dire « Wallons-y ! ».

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