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​2028 sera l’année de toutes les ruptures!

En 2008, lorsque je dirigeais la Bourse de Bruxelles au cœur de la grande crise financière, je m’étais projeté vingt ans plus tard. J’avais retenu 2028 comme une année possible de rupture. Bien sûr, vingt ans constituent une échéance ronde, presque conventionnelle. Il ne s’agissait ni d’une prophétie ni d’une prévision scientifique, mais d’une intuition : celle qu’après deux décennies, les déséquilibres révélés par la crise financière pourraient se conjuguer avec d’autres transformations beaucoup plus profondes.

Nous y arrivons. Que pourrait-il se passer en 2028 ?


D’abord, l’intelligence artificielle pourrait avoir franchi un seuil décisif. Elle ne serait plus seulement un outil d’assistance, mais un substitut à une partie croissante du travail intellectuel. Elle bouleverserait l’emploi, la répartition des revenus, la fiscalité, l’éducation, la création et peut-être même notre conception de l’intelligence humaine.

Ensuite, les États-Unis pourraient connaître une rupture politique majeure. L’élection présidentielle de 2028 se déroulera dans une société profondément polarisée. Une contestation du résultat, une paralysie institutionnelle ou une crise constitutionnelle ne peuvent plus être totalement exclues. À cela s’ajoute la dette publique américaine. Elle pourrait alors avoir atteint un niveau tel que son financement ne serait plus une question budgétaire intérieure, mais un problème monétaire mondial. Des taux durablement élevés, des déficits persistants et une perte de confiance pourraient imposer un choix brutal entre austérité, inflation, monétisation et instabilité financière.

Pendant ce temps, les limites climatiques deviendront toujours plus concrètes. Incendies, sécheresses, inondations, tensions alimentaires, migrations, retrait des assureurs : le climat ne sera plus une menace future, mais une contrainte économique, sociale et politique immédiate.

Enfin, la fragmentation géopolitique pourrait achever de défaire l’ordre issu de l’après-guerre : rivalité sino-américaine, guerres régionales, réarmement, protectionnisme, contrôle des technologies et des matières premières.

Pris séparément, chacun de ces bouleversements serait probablement gérable. Le véritable risque réside dans leur simultanéité. Les grandes ruptures historiques ne viennent presque jamais d’une cause unique. Elles surgissent lorsque plusieurs forces, longtemps parallèles, finissent par se rencontrer.

2028 ne sera peut-être pas l’année de l’effondrement. Mais elle pourrait être celle où l’humanité découvrira que plusieurs de ses anciens équilibres ont cessé, en même temps, de fonctionner.​​

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