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Transformer aujourd’hui pour exister demain: une vision pour les futurs responsables de l’ITAA

Rencontre avec Gilles Bösiger, nouveau président de l'OEC Paris IDF

Depuis le 22 janvier 2026, Gilles Bösiger est à la tête de l'Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France. Dans un contexte de mutation profonde du monde du chiffre, portée notamment par l'arrivée imminente de la facture électronique, il détaille sa feuille de route pour accompagner les cabinets franciliens.

Quel est tout d'abord votre sentiment sur votre récente élection à la présidence de l'OEC Paris IDF ?

Je suis très heureux, bien entendu. Cela représente l'aboutissement d'un engagement pour la profession qui a débuté en 2018. J'ai le sentiment d'avoir parcouru ce chemin en restant fidèle à mes valeurs, sans faire de politique politicienne, en étant réellement engagé dans l'intérêt collectif.

Je mesure aussi la responsabilité que cela représente. L'Ordre francilien est le plus important Ordre régional. Il regroupe plus de 6 000 consœurs et confrères, soit près d'un tiers de la profession. 1 800 professionnels ont voté pour notre liste et nous ont placés en tête. J'ai par ailleurs une responsabilité envers les quarante salariés de l'Ordre et la trentaine d'élus engagés dans les commissions. Mon rôle en tant que président est de conduire cette institution avec sérieux et efficacité.​

Quelle est votre ambition globale pour l'Ordre de Paris IDF ?

La région parisienne présente une particularité forte : l'exercice libéral y est très important. Beaucoup de cabinets sont composés d'un seul expert-comptable, parfois deux, le plus souvent indépendants, c'est-à-dire non affiliés à des grands réseaux.

Ces consœurs et confrères peuvent être confrontés à une forme de solitude du dirigeant. Pour répondre à cela, l'Ordre doit rester une institution de proximité, capable d'apporter des solutions concrètes à ces cabinets, avec agilité et innovation.

Historiquement, l'Ordre francilien a souvent été un moteur en matière de projets innovants et de réflexion prospective. Mon ambition est de maintenir cette dynamique et que nous soyons un acteur de référence dans l'anticipation des évolutions de la profession.

Dans cette logique, nous venons de lancer une nouvelle étude avec le think tank Les Moulins, destinée à dresser un état des lieux du métier et à proposer une vision prospective pour les années à venir. La dernière étude datait de 2020. Nos consœurs et confrères ont besoin de données objectives actualisées et de repères pour orienter leurs choix stratégiques.

Plus concrètement, quels seront les principaux axes de votre action ?

Lorsque Virginie Roitman m'a transmis le flambeau de la présidence de l'Ordre, elle m'a dit que je serais le président de la facture électronique ! Et en effet, cette question constitue clairement notre priorité. 2026 marque le début opérationnel de la réforme. Nous ne devons pas rater ce défi.

Dans cette perspective, nous avons déjà lancé plusieurs actions structurantes :

Notre priorité dans les prochains mois est de démontrer que l'acteur légitime et compétent de la facturation électronique est l'expert-comptable.

  1. Le deuxième axe concerne l'évolution des missions. Il s'agit d'accompagner les cabinets dans la modification de leurs offres de services. Sous la pression notamment de la technologie, la question aujourd'hui n'est plus : « Comment allons-nous réaliser nos missions demain ? » mais plus radicalement : « Quelles missions allons-nous exercer demain et où se situera notre valeur ajoutée ? » La production comptable va en effet mécaniquement se réduire. Et dans le même temps, nous faisons face à de nouveaux concurrents : néobanques, éditeurs de logiciels...
  2. La réponse à ce deuxième challenge passe par la formation et la montée en compétences. À cet égard, l'école Sup'Expertise constitue à mes yeux le plus beau projet de la profession. Cet établissement propose déjà des formations innovantes, comme par exemple, Profession comptable 2030. Nous allons continuer à soutenir cette initiative.
  3. Enfin, le troisième axe est celui d'une gestion rigoureuse de l'Ordre. Notre leitmotiv est : plus d'actions, moins de cotisations. L'Ordre francilien propose la cotisation la plus faible de France. Malgré cela, nous menons un grand nombre d'actions pour les consœurs et confrères. Je souhaite poursuivre dans cette voie.

Un mot de conclusion ?

La transformation à l'œuvre dans la profession depuis quelques mois, qui se matérialise notamment par la financiarisation et la concentration du secteur, va bouleverser en profondeur l'exercice de l'expertise comptable.

Par ailleurs, je ne suis pas forcément aligné avec cette idée d'un expert-comptable augmenté par l'intelligence artificielle. Je pense plutôt que le risque est réel d'un expert-comptable remplacé... Nous devons en avoir conscience.

Dans ce contexte, il est essentiel de revenir à notre ADN : la confiance, l'attestation et la certification des données. Nous avons parfois oublié ces fondamentaux en devenant une profession de simple production. Demain, nos éléments différenciants seront notre éthique, notre déontologie et la confiance accordée par nos clients et les tiers dans la lecture des données financières et extra-financières. C'est sur ces bases que nous devons construire les missions de demain.

Hugues Robert

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