
Présenté début janvier et validé lors du dernier Conseil des ministres de 2025, le Plan PME 2025 marque une étape importante dans la stratégie économique du gouvernement fédéral. Porté par la ministre des Indépendants et des PME, Eléonore Simonet, ce plan entend répondre à un malaise largement partagé dans le tissu entrepreneurial belge : trop de complexité, trop de risques, et trop peu de marge pour rebondir.
Avec 89 mesures annoncées, le message politique est clair : « plus d’opportunités, moins d’obstacles ». Reste à examiner ce que ce plan change réellement pour les PME, les indépendants… et pour les professionnels du chiffre, qui en seront des acteurs-clés dans la mise en œuvre.
Le Plan PME 2025 s’inscrit dans un contexte économique tendu. Les chiffres rappelés par la ministre sont parlants : plus d’une PME sur deux estime que la charge administrative freine directement son développement, l’accès au financement reste asymétrique selon la taille des structures, et près d’une entreprise sur deux disparaît avant son cinquième anniversaire.
Pour le gouvernement, ces constats appellent moins une révolution qu’un changement de méthode. Le Plan PME ne promet pas une avalanche de subsides, mais une révision du cadre dans lequel les entrepreneurs évoluent, avec l’ambition de restaurer confiance, lisibilité et prévisibilité.
La simplification administrative constitue le fil conducteur du Plan PME. Elle se traduit notamment par la généralisation annoncée du principe only once, la numérisation accrue des publications légales (Moniteur belge), ou encore l’allègement de certaines obligations jugées redondantes.
Pour les experts-comptables, ces annonces sont loin d’être neutres. Elles interrogent directement la circulation des données, la fiabilité des échanges entre administrations et entreprises, et la manière dont les obligations déclaratives seront contrôlées demain.
La promesse politique est forte : aucune mesure ne pourra augmenter la charge administrative des entreprises. C’est précisément sur ce point que la profession restera attentive, car l’expérience montre que la simplification annoncée se traduit parfois, sur le terrain, par un déplacement – et non une suppression – des contraintes.
Le Plan PME entend également améliorer l’accès au financement, notamment en orientant davantage l’épargne vers les petites et moyennes entreprises, en ajustant certains mécanismes existants (tax shelter, interventions publiques via la SFPIM) et en facilitant la participation des PME aux marchés publics.
Mais l’un des axes les plus structurants du plan réside sans doute dans la reconnaissance explicite du droit à la seconde chance. La faillite non frauduleuse n’est plus appréhendée comme une faute indélébile, mais comme une expérience entrepreneuriale parmi d’autres.
Concrètement, cela se traduit par des projets de droit à l’oubli, un dialogue renforcé avec le secteur bancaire, et la volonté de lever certains blocages pratiques (ouverture de comptes, accès au crédit). Pour les experts-comptables, souvent en première ligne lors des situations de restructuration ou de cessation, ce changement de paradigme est majeur.
Le Plan PME 2025 intègre également une dimension sociale marquée, notamment à travers l’allongement du congé de maternité pour les indépendantes et la création progressive d’un congé parental pour indépendants.
Ces mesures répondent à une revendication ancienne et participent à une meilleure attractivité de l’entrepreneuriat, en particulier féminin.
Toutefois, leur mise en œuvre est clairement étalée dans le temps et conditionnée aux marges budgétaires disponibles. Là encore, le rôle des conseillers sera essentiel pour expliquer ce qui est acquis, ce qui est annoncé, et ce qui reste conditionnel.
Pour la profession, le Plan PME 2025 ne se limite pas à un catalogue de mesures. Il redéfinit le cadre dans lequel les experts-comptables accompagnent leurs clients :
Dans ce contexte, l’OECCBB s’inscrit pleinement dans la dynamique de modernisation voulue par les pouvoirs publics, notamment en facilitant l’accès à l’innovation, à la digitalisation et à l’intelligence artificielle, afin de permettre à la profession de rester un partenaire stratégique des PME.
Axe du plan | Objectif affiché | Enjeu pratique pour la profession |
Simplification administrative | Réduire la paperasserie | Sécurisation des flux d’informations et nouvelles pratiques déclaratives |
Accès au financement | Fluidifier l’investissement | Accompagnement renforcé des dossiers PME |
Seconde chance | Déstigmatiser l’échec | Conseil en restructuration et relance |
Statut social | Mieux protéger l’indépendant | Adaptation du conseil social et fiscal |
Entrepreneuriat féminin | Accroître la participation | Approche plus inclusive du conseil |
À ce stade, le Plan PME 2025 constitue avant tout un cadre d’orientation politique. De nombreux textes devront encore être traduits juridiquement et adoptés dans le courant de 2026.
Dans l’intervalle, il est recommandé aux experts-comptables :
Le Plan PME 2025 envoie un signal politique fort au monde entrepreneurial : celui d’une volonté de simplification, de reconnaissance du risque et de soutien à l’initiative.
Sa réussite dépendra toutefois de sa concrétisation juridique, de sa cohérence opérationnelle et de la capacité des acteurs de terrain – au premier rang desquels les experts-comptables – à en faire un levier réel de croissance et de résilience pour les PME belges.
L’OECCBB continuera à suivre de près l’évolution de ces mesures et à accompagner la profession dans leur lecture, leur compréhension et leur mise en œuvre.