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L'Edito. Facturation électronique: quand la réforme précède la réalité du terrain

Depuis plusieurs mois, la facturation électronique et le réseau Peppol occupent une place centrale dans le débat public, fiscal et économique. Présentée comme un levier majeur de modernisation, de transparence et de lutte contre la fraude, cette réforme structurelle est appelée à transformer durablement les pratiques des entreprises belges.

L’OECCBB ne remet pas en cause cette ambition. Bien au contraire. La profession des experts-comptables et conseillers fiscaux a toujours soutenu les évolutions allant vers une économie plus digitale, plus fluide et plus efficiente.

Mais entre l’intention et l’exécution, le fossé se creuse. Et aujourd’hui, le terrain alerte.

À l’occasion de récentes interventions médiatiques — notamment dans L’Écho et au JT de la RTBF — et en écho à la prise de position du KVABB, l’OECCBB souhaite rappeler une position claire, constructive et responsable : une réforme aussi fondamentale ne peut réussir sans une mise en œuvre réaliste, progressive et respectueuse des contraintes opérationnelles.


1. Peppol est-il une mauvaise idée ?

Non. Et il est essentiel de le rappeler.

Le réseau Peppol constitue une excellente architecture de principe. À terme, il permettra :

  • une standardisation des échanges,
  • une meilleure traçabilité des factures,
  • une automatisation accrue des traitements comptables,
  • et une économie plus intégrée et plus digitale.

Sur le fond, la profession est alignée. Les experts-comptables sont même des acteurs clés de cette transition, investissant massivement en temps, en formation et en accompagnement auprès de leurs clients.

Le problème n’est donc pas la vision.

Le problème est le décalage entre la vision et la réalité actuelle du réseau.


2. Où se situe le blocage aujourd’hui ?

Les retours du terrain sont convergents et préoccupants.

Dans la pratique quotidienne, nos membres constatent notamment :

  • des factures XML non accompagnées de PDF, rendant les contrôles humains, les validations et les échanges avec les clients plus complexes ;
  • des factures qui n’arrivent pas, en raison d’incompatibilités entre les canaux de réception (BCE et TVA) selon les logiciels utilisés ;
  • des envois multiples ou rétroactifs, générant des doublons inutiles et chronophages dans les comptabilités ;
  • une instabilité opérationnelle qui reporte la charge de correction, de vérification et de sécurisation sur les entreprises et leurs conseillers.

Ces dysfonctionnements ne sont pas anecdotiques. Ils touchent le cœur même de la chaîne comptable et fragilisent la confiance dans le système.


3. Les chiffres confirment-ils ce malaise ?

Oui, sans ambiguïté.

Les données disponibles montrent que :

  • environ 75 % des entreprises sont techniquement connectées au réseau,
  • mais moins de 10 % des factures y étaient effectivement disponibles en décembre.

Autrement dit, la connectivité ne signifie pas l’opérationnalité.

Un réseau peut être largement déployé sans être encore pleinement fonctionnel.

Nous sommes donc encore loin d’un environnement stable, mature et fiable permettant un basculement généralisé sans risques.


4. Que demande concrètement l’OECCBB ?

Depuis plusieurs mois, l’OECCBB plaide pour plus de sobriété dans le rythme des réformes numériques.

Une réforme aussi structurante que la facturation électronique :

  • ne peut être pensée uniquement sur le plan technologique ;
  • doit intégrer les contraintes humaines, organisationnelles et économiques ;
  • nécessite des phases d’apprentissage, d’ajustement et de sécurisation.

Pourquoi vouloir courir quand les conditions minimales pour apprendre à marcher ne sont pas encore réunies ?

En s’alignant sur l’appel du KVABB, l’OECCBB demande :

  • davantage d’écoute des professionnels de terrain,
  • plus d’empathie à l’égard des entreprises,
  • et un dialogue réel entre administration, monde politique et acteurs économiques.


5. Une transition à réussir ensemble

La facturation électronique n’est pas un combat entre innovation et conservatisme.

C’est un projet collectif, qui ne peut réussir que s’il est co-construit.

Les experts-comptables et conseillers fiscaux sont des partenaires naturels de cette transition. Ils sont à la fois prescripteurs, accompagnateurs et garants de la sécurité juridique et fiscale.

Les ignorer ou sous-estimer la réalité de leur travail quotidien serait une erreur stratégique.


6. Conclusion

L’OECCBB reste pleinement engagé en faveur de la digitalisation de l’économie belge.

Mais cette ambition doit s’inscrire dans une approche réaliste, progressive et humaine.

La réussite de Peppol ne dépendra pas uniquement d’une obligation légale ou d’un calendrier.
Elle dépendra avant tout de la qualité du dialogue, de la robustesse du système et du respect des réalités du terrain.

Nous y arriverons.
Mais uniquement ensemble, au bénéfice de l’économie et de l’intérêt commun.

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