
Ces dernières années, c'est surtout le vieillissement – mesuré au travers de divers indicateurs (part des 75 ans et + dans la population, taux de dépendance...) – qui retient l'attention dans les Perspectives démographiques publiées chaque année par le Bureau fédéral du Plan.
L'évolution du nombre de naissances semble préoccuper nettement moins ou, en tout cas, fait moins l'objet de débats publics. Pourtant, pour les régions et communautés, le nombre de naissances influence rapidement et directement trois politiques qui font partie de leurs compétences : demande de places d'accueil pour les jeunes enfants, dépenses en allocations familiales et nombre de classes dans les différents niveaux d'enseignement. C'est année après année que ces politiques sont affectées : la demande en places d'accueil et en allocations familiales est affectée dès la première année et puis, progressivement, ces enfants arrivent dans l'enseignement fondamental, puis primaire et puis secondaire.
En Belgique, l'indicateur conjoncturel de fécondité se situe en 2023 au niveau le plus faible depuis 1961, comme le montre le graphique suivant.

Une des idées largement répandues est que les enfants arrivent plus tard – c'est indéniable – mais que les parents décalent les naissances ; c'est ce que montrent en effet les évolutions entre 1992 et 2010 ; ce qui se passe entre 2010 et 2023 est moins net en terme de "rattrapage" mais avec une érosion sensible du taux de fécondité autour de la trentaine.
Dans ce contexte général, le Bureau fédéral du Plan est amené, année après année, à adapter à la baisse ses Perspectives démographiques en matière de fécondité et de naissances. Mais, malgré tout, les Perspectives démographiques du Bureau fédéral du Plan font, pour les années suivantes, systématiquement l'hypothèse d'une remontée du taux de fécondité et donc du nombre de naissances.
Le lecteur trouvera dans la note des scénarios alternatifs à celui des Perspectives 2024-2070. Trois scénarios sont chiffrés :
Les scénarios portent sur la Fédération Wallonie Bruxelles. Voici les résultats, exprimés en écarts par rapport au scénario du Bureau fédéral du Plan dans ses Perspectives démographiques 2024-2070.
NB: La précision des résultats suivants ne doit pas faire allusion. Il s'agit d'une relecture de résultats du Bureau du Plan mais sans la sophistication des modèles utilisés. On peut néanmoins penser que les résultats donnent une bonne idée d'autres évolutions possibles de la fécondité.

Il ne s'agit pas de dire qu'un scénario a plus de chances de se produire qu'un autre mais bien de montrer, concrètement, que des scénarios alternatifs avec des hypothèses tout compte fait parfaitement envisageables peuvent très rapidement déboucher sur un nombre de naissances significativement différent. On notera quand même que les facteurs souvent évoqués pour expliquer une baisse de la fécondité qui serait structurelle (difficultés pour combiner vie professionnelle et familiale, instabilités des situations familiale et professionnelle, anxiétés diverses liées à l'écologie ou à la situation internationale, crise du logement, infécondité involontaire suite au recul de l’âge à la maternité...) pointent plutôt vers une fécondité (plus) basse. Mais rien n'empêche non plus d'imaginer un sursaut traduisant un changement d'attitude par rapport aux difficultés traversées.
Il est temps que les Communautés et Régions explorent des futurs contrastés en pouvant compter sur des variantes en matière de fécondité. Seule la Fédération Wallonie-Bruxelles a demandé des variantes - elles ne sont pas publiques - sans que l'on sache ce qu'elle en fait ; les autres communautés et les régions devraient a minima disposer de telles variantes et élaborer des scénarios prospectifs dans leurs compétences. Rappelons aussi que les évolutions démographiques influencent les recettes de ces pouvoirs publics.
Mais le problème reste entier : disposer de variantes permet certes d'explorer le champ des possibles mais sans pour autant pouvoir déterminer ce qui se passera vraiment. Il faut donc apprendre à se projeter et à scénariser dans l'incertitude plutôt que de s'en référer à un seul scénario. Dans l'enseignement par exemple, il serait bon de voir comment adapter la politique des bâtiments à divers scénarios d'évolutions des publics scolarisés (fusions d'établissements, réduction ou augmentation du nombres de classes, partages ou réaffectations partielles des locaux...). Et tout cela est d'autant plus compliqué qu'on observe des différences dans les évolutions sous-régionales et que des scénarios de transition (hausse pour quelques années puis reflux de la fécondité – comme on l'a vu autour des années 2010 – ou l'inverse) sont également possibles.
Plus dans la note ci-dessous.