
Le SPF Finances fait face à une cyberattaque : MyMinfin et plusieurs autres services sont temporairement inaccessibles. L'Administration annonce un délai suffisant pour les déclarations avec revenus spécifiques, sans encore en fixer la date. Ce délai est aujourd'hui en cours de négociation. L'Ordre demande qu'il soit réel, lisible et juste pour nos cabinets — et invite chacun à garder la tête froide.
Une fois encore, l'écran reste blanc. Après les perturbations qui ont émaillé la saison déclarative de l'été, les services numériques du SPF Finances sont cette fois visés par une cyberattaque. Ce n'est plus une panne : c'est une agression. Et elle tombe, comme toujours, au pire moment — celui où nos cabinets bouclent les déclarations qui exigent le plus de soin.
Ne nous trompons pas de colère. L'Administration est ici victime avant d'être responsable. Mais nos clients, eux, ne voient qu'une chose : la date approche, et l'outil ne répond plus. C'est vers nous qu'ils se tournent. C'est donc à nous, collectivement, d'apporter des réponses claires.
Le service Communication de l'Administration générale de la Fiscalité a diffusé un message dont il faut retenir quatre éléments. D'abord, MyMinfin et plusieurs autres services sont temporairement inaccessibles, par mesure de précaution, le temps de mesurer l'impact concret de l'attaque et de sécuriser les systèmes. Ensuite, une grande partie des applications reste disponible, avec des fonctionnalités complètes ou partielles.
Troisièmement, et c'est essentiel : à l'heure actuelle, rien n'indique qu'une fuite de données ait eu lieu ou que des données aient été dérobées — un point qui reste sous analyse. Enfin, l'Administration reconnaît les conséquences sur les délais fiscaux et annonce qu'un délai suffisant sera accordé pour la rentrée des déclarations avec revenus spécifiques. La date précise sera communiquée dès que possible.
Voilà ce que l'on sait. Tout le reste — durée de l'interruption, nouvelle échéance, origine de l'attaque — relève aujourd'hui de la rumeur. Et la rumeur, en matière fiscale, coûte cher.
Le principe d'un report est acquis ; son ampleur ne l'est pas. Un délai est en cours de négociation, et l'Ordre entend y faire entendre la voix des cabinets francophones, à Bruxelles comme en Wallonie. Notre position tient en trois exigences.
Une cyberattaque ne se négocie pas. Un délai, si.
En attendant la date officielle, que faire ? D'abord, ne pas céder à la précipitation. Inutile de multiplier les tentatives de connexion ou de réorganiser tout un portefeuille sur la base d'une échéance supposée. Continuons à préparer les dossiers hors ligne, pour être prêts le jour où les services rouvriront.
Ensuite, garder une trace des indisponibilités rencontrées : date, heure, service concerné, capture d'écran. Ces éléments n'ont l'air de rien aujourd'hui ; ils peuvent tout changer demain, si un dossier devait être discuté.
Enfin, redoubler de vigilance. Une cyberattaque attire les escrocs comme la lumière attire les insectes. Des faux courriels au nom de MyMinfin circulent déjà ces derniers jours. Rappelons à nos clients de ne cliquer sur aucun lien reçu par courriel ou SMS au nom du SPF Finances, et de ne passer que par les canaux officiels. Notre rôle de tiers de confiance prend ici tout son sens.
Cette attaque pose, au-delà de l'urgence, une question de fond. Notre système fiscal repose désormais presque entièrement sur des plateformes numériques — déclarations, facture électronique, échanges avec l'Administration. Tout cela est un progrès. Mais un progrès qui exige une infrastructure à la hauteur et, surtout, des règles prévisibles quand elle fait défaut.
Pourquoi faut-il, à chaque incident, renégocier au cas par cas ce qui pourrait être prévu une fois pour toutes ? Un mécanisme clair — qui déclenche automatiquement un report lorsque les outils sont indisponibles — offrirait à tous la sécurité juridique qui manque aujourd'hui. C'est le sens du travail que nous menons avec l'ensemble de la profession : non pas opposer les experts-comptables à l'Administration, mais construire avec elle des engagements réciproques.
Nous reviendrons vers vous dès que la nouvelle échéance sera connue. D'ici là, faites remonter vers l'Ordre les difficultés concrètes que vous rencontrez : elles nourrissent directement la discussion en cours. Chaque cas documenté pèse dans la balance.
Les systèmes tomberont encore — c'est le prix du numérique. Ce qui doit tenir, en revanche, c'est la confiance. Celle de nos clients en leur expert-comptable. Celle de la profession envers une Administration qui l'écoute. Ne subissons pas l'incident : faisons-en le point de départ de règles plus solides.