• FR
  • NL
  • EN

Mandat de protection extrajudiciaire: qui gérera votre patrimoine en cas d'incapacité ?

Fonctionnement, coûts 2026, planification successorale et réforme du 1er septembre 2027 — Analyse approfondie pour nos clients

Plus de 150.000 personnes sont aujourd'hui accompagnées ou représentées par un administrateur de biens en Belgique. Sans disposition anticipée, ni votre conjoint ni vos enfants ne peuvent gérer vos affaires à votre place : seul le juge de paix peut alors organiser votre protection. Le mandat de protection extrajudiciaire vous permet, au contraire, de choisir vous-même qui décidera de vos biens et de votre personne, quand et dans quelles limites. Ce dossier détaille son fonctionnement, son coût, ses usages en planification successorale et les vérifications qu'impose la réforme du 1er septembre 2027.


1. L'incapacité, un risque patrimonial que vos proches ne peuvent pas couvrir seuls

Une maladie dégénérative, un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien, un coma prolongé : la perte de la capacité de décider peut survenir à tout âge et sans préavis. Lorsqu'elle survient, la vie patrimoniale, elle, ne s'arrête pas. Des factures doivent être payées, des revenus perçus, des contrats renouvelés, parfois un immeuble vendu ou une entreprise pilotée. La question n'est donc pas de savoir si une décision devra être prise, mais qui sera juridiquement habilité à la prendre.

« Vos proches — même votre partenaire ou vos enfants — n'ont aucun droit automatique pour gérer vos affaires et s'exprimer en votre nom. »

C'est l'idée reçue la plus répandue en la matière : beaucoup de nos clients pensent que le conjoint ou les enfants « prendront naturellement le relais ». Il n'en est rien. À défaut d'anticipation, les proches devront s'adresser au juge de paix, qui mettra en place une administration judiciaire et désignera un administrateur — membre de la famille ou, à défaut, professionnel. Ce scénario par défaut, décrit à la section 5, présente de réelles garanties, mais il vous fait perdre la maîtrise du choix de la personne, du périmètre de sa mission et du calendrier. Le phénomène est loin d'être marginal : plus de 150.000 personnes vivent aujourd'hui sous administration en Belgique, un nombre qui a doublé à Bruxelles et progressé de 44,8 % en Wallonie entre 2021 et 2026.

Exemple — La vente bloquée de la maison familiale

Situation : Un couple est copropriétaire de la maison familiale ; l'un des partenaires subit une grave lésion cérébrale à la suite d'une chute

Projet : Vendre la maison pour acquérir un logement adapté au handicap

Obstacle : La vente exige l'accord des deux copropriétaires ; le partenaire atteint ne peut plus exprimer sa volonté

Sans mandat : Requête au juge de paix, désignation d'un administrateur, puis autorisation spéciale du juge pour la vente : délais et incertitude

Avec mandat : Le mandataire désigné à l'avance signe la vente au nom du partenaire protégé, dans les limites fixées par le mandat

L'anticipation transforme un blocage judiciaire en simple formalité organisée

► Lecture rapide — À retenir

Aucun proche — ni conjoint, ni enfant — ne peut gérer vos affaires sans habilitation juridique.

Sans mandat, la seule voie est l'administration judiciaire organisée par le juge de paix.

Plus de 150.000 personnes sont sous administration en Belgique ; le phénomène s'accélère fortement.


2. Le mandat de protection extrajudiciaire : fonctionnement et conditions de validité

2.1. Qui peut établir un mandat, et à quelles conditions ?

Le mandat de protection extrajudiciaire est la convention par laquelle une personne (le mandant) charge une ou plusieurs personnes de confiance (les mandataires) d'accomplir des actes en son nom et pour son compte, avec cette particularité décisive que le mandat continue — ou commence — à produire ses effets lorsque le mandant devient incapable d'exprimer sa volonté¹. C'est précisément ce qui le distingue de la procuration ordinaire, laquelle prend fin au moment de l'incapacité juridique du mandant, c'est-à-dire au moment où l'on en aurait le plus besoin.

Trois conditions président à sa validité. Premièrement, le mandant doit être encore capable d'exprimer sa volonté au moment de l'établissement de l'acte : il doit être pleinement conscient de la portée de ce qu'il signe, et ne pas faire l'objet d'une mesure de protection judiciaire. Deuxièmement, le mandat doit indiquer explicitement qu'il a pour objet d'organiser une protection extrajudiciaire. Troisièmement — et c'est le point le plus souvent négligé —, il doit être enregistré au Registre central des contrats de mandat, tenu par la Fédération royale du Notariat belge². À défaut d'enregistrement préalable, la survenance de l'incapacité met fin au mandat, ce qui ruine l'objectif même de l'opération.

Nous mettons également en garde contre les modèles de mandat trouvés en ligne ou générés par des outils d'intelligence artificielle : non enregistrés, imprécis ou juridiquement bancals, ils ne confèrent aucun droit le jour où l'incapacité survient.

2.2. Le périmètre : actes patrimoniaux et actes relatifs à la personne

Initialement limité aux actes relatifs aux biens, le champ du mandat a été considérablement élargi depuis le 1er mars 2019³ : il peut désormais porter sur des actes de représentation relatifs à la personne. Concrètement, le mandat peut couvrir les opérations bancaires et la gestion des revenus, la mise en location ou la vente d'un immeuble, la participation aux assemblées générales d'une société, le paiement des dettes, mais aussi le choix d'une maison de repos ou d'un établissement de soins, la volonté de rester à domicile aussi longtemps que possible, le choix d'un médecin traitant ou l'exercice des droits du patient.

Actes de gestion et actes de disposition : une distinction structurante

Pour les pouvoirs patrimoniaux, la pratique distingue les actes de gestion — administration courante du patrimoine : location d'un appartement, paiement des factures, placements — des actes de disposition, qui affectent la substance même du patrimoine : vente d'un bien, donation, modification du contrat de mariage. Les premiers peuvent être organisés par un mandat sous seing privé ; les seconds exigent l'intervention du notaire. Un acte notarié est ainsi obligatoire dès lors que le mandat inclut une donation future ou la vente d'un bien immobilier. Restent en toute hypothèse exclus les actes strictement personnels, au premier rang desquels la rédaction d'un testament.

2.3. La prise d'effet : immédiate ou différée, à votre choix

Le mandant choisit librement le moment où le mandat prend effet. Il peut fonctionner immédiatement, alors même que le mandant est en pleine possession de ses moyens — par exemple pour confier dès à présent le paiement des factures à un enfant. Il peut aussi être à effet différé : il ne s'activera qu'au moment où le mandant ne sera plus en mesure d'agir lui-même. La détermination de ce moment est une question de fait, sans critère légal fixe. Le mandat doit donc organiser lui-même le constat de l'incapacité : soit la décision est laissée aux mandataires désignés, soit — formule plus protectrice — elle est subordonnée à l'attestation de l'incapacité par un ou deux médecins, par exemple le médecin de famille et un spécialiste. Cette seconde voie décharge les mandataires du poids d'une décision délicate et sécurise le processus vis-à-vis des tiers.

La prudence recommande également de désigner un mandataire subsidiaire, qui prendra le relais si le mandataire principal est prédécédé, indisponible ou lui-même malade, et de conserver soigneusement le mandat et les certificats médicaux — par exemple dans le coffre-fort numérique Izimi proposé par le notariat. Une fois muni du mandat enregistré et du certificat médical daté attestant l'incapacité, le mandataire justifie de sa qualité de représentant en produisant simplement ces documents auprès des banques et des administrations : aucune procédure judiciaire d'activation n'est requise.

Exemple — Activation d'un mandat à effet différé

Le mandat : Madame D. a désigné sa fille comme mandataire, avec prise d'effet à l'incapacité attestée par deux médecins

L'événement : Madame D. est atteinte d'une démence évolutive ; son médecin de famille et un neurologue attestent qu'elle ne peut plus gérer ses affaires

Étape 1 : Les deux certificats médicaux datés sont établis

Étape 2 : La fille présente le mandat enregistré et les certificats à la banque

Étape 3 : Elle gère les comptes, perçoit les revenus et paie la maison de repos choisie par sa mère dans le mandat

Aucun passage devant le juge de paix : la protection voulue s'applique sans délai

► Lecture rapide — À retenir

Le mandat doit être établi tant que vous êtes capable d'exprimer votre volonté, et enregistré au Registre central des contrats de mandat sous peine d'inefficacité.

Il couvre les biens (gestion et disposition) et, depuis 2019, les actes relatifs à la personne (soins, résidence, droits du patient).

L'acte notarié est obligatoire pour les donations futures et la vente d'un immeuble.

La prise d'effet est immédiate ou différée ; le constat de l'incapacité peut être confié à un ou deux médecins pour sécuriser l'activation.


3. Un levier discret mais puissant de planification successorale

Le mandat de protection n'est pas seulement un outil défensif : c'est aussi un instrument de planification successorale. Lorsque l'incapacité survient sans mandat, toute planification devient en pratique impossible : l'administrateur désigné par le juge de paix gère, conserve, protège — mais ne transmet pas. À l'inverse, un mandat bien rédigé peut autoriser le mandataire à poursuivre la stratégie patrimoniale du mandant : procéder à des donations au profit du conjoint ou des enfants, modifier le contrat de mariage, ou vendre un immeuble dans le cadre d'une réorganisation du patrimoine.

La condition de réussite tient en un mot : la précision. Les modalités des donations doivent être clairement spécifiées dans le mandat — biens concernés, bénéficiaires désignés, réserve d'usufruit éventuelle, égalité entre les enfants. Une clause trop vague ou trop large expose à un refus des banques et des tiers, qui ne peuvent vérifier que l'acte projeté correspond à la volonté réelle du mandant. Plus les souhaits sont énoncés avec netteté, moins il y aura de discussions futures — entre mandataires, avec les tiers, et entre héritiers.

Exemple — Clause de donation : vague ou précise ?

Clause vague : « Le mandataire pourra consentir des donations au profit de mes proches » — risque élevé de refus bancaire et de contestation

Clause précise : « Le mandataire pourra donner, avec réserve d'usufruit au profit du mandant, les avoirs du compte-titres n° X à mes deux enfants, par parts égales, si mon état de santé rend une planification successorale opportune »

La précision de la clause conditionne son efficacité pratique auprès des tiers

► Lecture rapide — À retenir

Sans mandat, la planification successorale s'arrête au jour de l'incapacité.

Le mandat peut autoriser donations, modification du contrat de mariage et ventes immobilières, à condition d'en fixer précisément les modalités.

Les clauses vagues sont inopérantes en pratique : les banques les refusent.


4. Les garde-fous : contrôle du mandataire, révocation et procédure d'alerte

La confiance est l'ingrédient principal du mandat extrajudiciaire — mais la confiance s'organise. Tant qu'il est sain d'esprit, le mandant conserve la maîtrise totale de son mandat : il peut le modifier ou le révoquer à tout moment. Le mandataire peut, de son côté, renoncer à sa mission, d'où l'intérêt d'un « plan B » : la désignation d'un mandataire subsidiaire évite le vide en cas de refus ou de défaillance.

Pour la période d'incapacité, plusieurs mécanismes de contrôle peuvent être insérés dans l'acte. La pratique notariale recommande d'imposer aux mandataires une reddition de comptes périodique à une tierce personne. Le mandant peut aussi désigner une personne de confiance chargée de surveiller la bonne exécution des instructions, notamment celles relatives à la santé et à la résidence. Enfin, pour les opérations sensibles, le mandat peut exiger l'intervention conjointe de plusieurs mandataires au-delà de certains seuils.

Le juge de paix n'est pas pour autant absent du dispositif : il constitue le filet de sécurité. Par la procédure d'alerte, le mandant, un mandataire ou toute personne intéressée peut saisir le juge de paix de tout problème dans l'exécution du mandat. Le juge peut alors imposer des conditions aux mandataires, subordonner certains actes à son autorisation préalable, remplacer le mandataire, voire substituer au mandat une protection judiciaire complète avec désignation d'un administrateur si la protection organisée se révèle insuffisante.

► Lecture rapide — À retenir

Le mandat est révocable et modifiable à tout moment tant que le mandant est sain d'esprit.

Reddition de comptes périodique, personne de confiance et signatures conjointes sont les trois garde-fous contractuels à envisager.

En cas d'abus, la procédure d'alerte permet au juge de paix d'encadrer, de remplacer le mandataire ou de basculer vers une protection judiciaire.


5. À défaut de mandat : l'administration judiciaire et son coût récurrent

5.1. Comment fonctionne l'administration de biens et de la personne ?

Lorsque rien n'a été anticipé et que la perte d'autonomie est installée, le juge de paix organise la protection. La demande peut émaner de la personne à protéger elle-même, d'un membre de la famille, d'un proche, d'un organisme (hôpital, CPAS) ou d'un médecin ; elle est introduite via le Registre central de protection des personnes et doit, sauf urgence, être accompagnée d'un certificat médical circonstancié. Après avoir entendu la personne concernée et son entourage, le juge désigne un administrateur et fixe, sur mesure, le contenu et les limites de sa mission : simple assistance ou représentation, biens et/ou personne, mesure temporaire ou définitive.

Le juge privilégie un membre de la famille ; à défaut de proche disposé ou apte à assumer la charge, il désigne un professionnel, en général un avocat spécialisé. Si vous avez rédigé une déclaration de préférence indiquant qui vous souhaiteriez voir désigner, le juge en tiendra compte. L'administrateur rend compte chaque année au juge de paix et, le cas échéant, à la personne de confiance. Pour les actes les plus sensibles — vente d'un immeuble, acceptation ou refus d'une donation ou d'une succession, souscription d'un crédit —, il doit solliciter l'autorisation préalable du juge. Certains actes intimement liés à la personne (mariage, divorce, changement de domicile, demande d'euthanasie) lui échappent en toute hypothèse.

5.2. Le coût d'un administrateur professionnel : des montants encadrés mais récurrents

À la différence du mandat extrajudiciaire, qui ne génère généralement pas de frais de gestion récurrents lorsqu'il est confié à un proche, l'administration professionnelle donne lieu à une rémunération annuelle encadrée par la loi⁴. Pour la gestion ordinaire (paiement des factures, démarches courantes, impôts), la rémunération du professionnel est fonction des revenus de la personne protégée (montants indexés 2026) : en dessous de 12.748,20 euros de revenus annuels, elle est plafonnée au revenu mensuel moyen ; entre 12.748,20 et 21.247 euros, elle s'élève à un forfait de 1.062,35 euros ; au-delà de 21.247 euros, s'ajoutent au forfait 5 % de la part des revenus excédant ce seuil. Les actes hors gestion ordinaire — vente d'un immeuble, inventaire successoral — sont facturés au maximum 132,79 euros par heure prestée, majorés d'une indemnité kilométrique de 0,4326 euro. Le parent désigné administrateur n'est, lui, pas rémunéré pour la gestion ordinaire ; il peut être défrayé de ses frais administratifs (311,88 euros par an) et rémunéré pour des missions exceptionnelles.

Exemple — Coût annuel d'une administration professionnelle

Personne protégée : Revenus annuels (pension et revenus locatifs) : 30.000 €

Administrateur : Avocat spécialisé désigné par le juge de paix

Forfait de base : 1.062,35 €

Supplément : 5 % × (30.000 € − 21.247 €) = 437,65 €

Rémunération de gestion ordinaire : 1.500 € par an, chaque année

À comparer au coût unique d'un mandat notarié établi préventivement (section 6)

► Lecture rapide — À retenir

L'administration judiciaire est le filet de sécurité : protection sur mesure, mais choix de l'administrateur et périmètre fixés par le juge de paix.

L'administrateur professionnel est rémunéré chaque année selon les revenus de la personne protégée (forfait de 1.062,35 € et 5 % au-delà de 21.247 € de revenus).

Les actes sensibles requièrent l'autorisation préalable du juge de paix.


6. Combien coûte un mandat de protection notarié en 2026 ?

L'établissement d'un mandat de protection par acte notarié représente un coût unique, modeste au regard de la sécurité qu'il procure et des frais récurrents qu'il permet d'éviter. Les postes sont les suivants : des honoraires fixes de 222 euros, un droit d'écriture de 50 euros, un droit d'enregistrement de 50 euros, l'inscription au Registre central des contrats de mandat — et, le cas échéant, au Registre central des déclarations de préférence — à 19,40 euros par mandant et par déclaration, ainsi que des frais administratifs. Si vous souhaitez intégrer dans le même acte une déclaration de préférence concernant la désignation d'un éventuel administrateur, un supplément de 57 euros est demandé. Une TVA de 21 % s'applique sur l'ensemble.

Le recours au notaire n'est pas juridiquement obligatoire pour un mandat limité à des actes de gestion, mais il est fortement recommandé — et devient obligatoire dès que le mandat inclut une donation future ou la vente d'un immeuble. Au-delà de la forme, l'apport du notaire est substantiel : il analyse de manière indépendante et impartiale la portée du mandat et l'inscrit dans une vision d'ensemble — droit des successions, droit familial, situation de l'entreprise, relations avec les enfants — qui conditionne la solidité du dispositif.

► Lecture rapide — À retenir

Le mandat notarié est un coût unique de l'ordre de quelques centaines d'euros, TVA comprise — à comparer à la rémunération annuelle récurrente d'un administrateur professionnel.

L'acte notarié est obligatoire pour les mandats incluant donations futures ou ventes immobilières.

L'enregistrement au Registre central conditionne la validité du dispositif.


7. Réforme du 1er septembre 2027 : vérifiez dès maintenant vos mandats existants

La loi du 8 novembre 2023, modifiée en 2025, instaure un statut pour les administrateurs et mandataires professionnels de personnes protégées : cadre strict, code de déontologie spécifique et Registre national des administrateurs professionnels⁵. Elle entrera en vigueur au plus tard le 1er septembre 2027. À partir de cette date, seuls pourront exercer la fonction les administrateurs et mandataires appartenant au cercle familial ou proche, et les professionnels inscrits au nouveau registre — inscription qui suppose une formation théorique et pratique reconnue et devra intervenir au plus tard le 1er juillet 2028.

Point capital pour nos clients : ces règles s'appliqueront également aux mandats et déclarations de préférence déjà signés. Si vous avez désigné par anticipation une personne appelée à agir à titre professionnel — un avocat, un membre d'une étude notariale, un conseiller externe — et que celle-ci ne remplit pas les conditions d'inscription au registre à l'échéance, votre mandat pourrait devenir inapplicable. Deux voies s'offrent alors : modifier le mandat pour désigner un mandataire non professionnel (moyennant des frais de modification), ou avertir le mandataire professionnel afin qu'il se mette lui-même en ordre d'inscription. Un audit de conformité de vos mandats existants avant l'échéance de 2027 est, dans tous les cas, la démarche prudente.

► Lecture rapide — À retenir

À partir du 1er septembre 2027, les mandataires professionnels devront être inscrits au Registre national des administrateurs professionnels.

La réforme s'applique aux mandats et déclarations de préférence existants.

Un mandat désignant un professionnel non inscrit risque l'inapplicabilité : faites vérifier vos actes avant l'échéance.


8. Préparer votre rendez-vous chez le notaire : la check-list du mandant

Un mandat de protection réussi se prépare. Avant le rendez-vous à l'étude notariale, trois catégories d'éléments doivent être réunies : les documents, les informations et — surtout — les décisions à mûrir.

8.1. Les documents et informations à fournir

L'étude notariale demandera la copie recto/verso de la carte d'identité du mandant et de chacun des mandataires pressentis, ainsi que la copie du contrat de mariage du mandant, le cas échéant. Elle relèvera également l'état civil du mandant (marié, célibataire, cohabitant légal, veuf) et l'identité complète des mandataires.

8.2. Les décisions à mûrir avant la signature

C'est le cœur de la préparation : le mandat ne vaut que par la précision des choix qu'il consigne. Les questions suivantes méritent une réflexion posée, en famille et avec vos conseils :

– Modalités d'intervention des mandataires : doivent-ils agir conjointement pour certaines opérations patrimoniales, au-delà de seuils ou de montants à définir ?

– Mandataire subsidiaire : qui prendra le relais en cas d'incapacité ou de prédécès du mandataire principal ?

– Conflit d'intérêts : souhaitez-vous désigner un mandataire ad hoc pour représenter le mandant lorsque le mandataire principal est personnellement intéressé à l'opération ?

– Droits du patient : acceptez-vous que le mandataire exerce vos droits de patient (choix d'un thérapeute, accès au dossier médical, options thérapeutiques, acharnement thérapeutique) ? Si plusieurs mandataires sont désignés, un ordre de priorité doit être fixé.

– Opérations interdites : certaines opérations doivent-elles être expressément fermées aux mandataires (donations, modification du régime matrimonial, déplacement du domicile, vente de biens déterminés) ?

– Prise d'effet : à la signature de l'acte, ou au moment de l'incapacité — constatée par un ou deux certificats médicaux, ou par les mandataires eux-mêmes ?

– Personne de confiance : souhaitez-vous une surveillance complémentaire de l'action du mandataire ?

– Passerelle judiciaire : si la protection extrajudiciaire devait un jour être remplacée par une protection judiciaire, souhaitez-vous que votre mandataire soit désigné administrateur par le juge de paix (déclaration de préférence) ?

► Lecture rapide — À retenir

Documents : cartes d'identité du mandant et des mandataires, contrat de mariage.

Décisions clés : pouvoirs conjoints et seuils, mandataire subsidiaire, mandataire ad hoc, droits du patient, opérations interdites, prise d'effet, personne de confiance.

La déclaration de préférence assure la continuité si le juge de paix devait un jour intervenir.


9. Synthèse : mandat extrajudiciaire ou administration judiciaire ?

Critère

Mandat de protection extrajudiciaire

Administration judiciaire

Initiative

Le mandant, tant qu'il est capable d'exprimer sa volonté

La famille, un proche, un organisme, un médecin ou la personne elle-même

Choix du représentant

Libre : mandataire(s) choisi(s) et hiérarchisé(s) par le mandant

Par le juge de paix (famille de préférence, sinon professionnel)

Périmètre

Défini sur mesure dans l'acte : biens, personne, planification successorale

Fixé par le juge : assistance ou représentation, sur mesure

Mise en œuvre

Présentation du mandat enregistré et du certificat médical ; pas de procédure judiciaire

Requête, certificat médical circonstancié, audition, ordonnance du juge

Contrôle

Contractuel : reddition de comptes, personne de confiance ; juge de paix en filet de sécurité (procédure d'alerte)

Judiciaire : rapport annuel, autorisations préalables pour les actes sensibles

Coût

Coût unique de l'acte notarié (honoraires 222 €, droits et frais, TVA 21 %)

Rémunération annuelle récurrente de l'administrateur professionnel (forfait 1.062,35 € + 5 % au-delà de 21.247 € de revenus)

Souplesse

Modifiable et révocable à tout moment tant que le mandant est sain d'esprit

Modification par nouvelle décision du juge de paix

Échéance à surveiller

Conformité des mandataires professionnels à la réforme du 1er septembre 2027

Statut des administrateurs professionnels applicable au plus tard le 1er septembre 2027


Recommandations pratiques

Première recommandation : n'attendez pas. Le mandat de protection doit être signé tant que la capacité d'exprimer sa volonté est intacte ; une démence diagnostiquée trop tard ferme définitivement la porte de l'extrajudiciaire. Les moments charnières de la vie — naissance d'un enfant, mariage, développement de l'entreprise, cession d'activité, départ à la retraite — sont autant d'occasions naturelles d'y réfléchir.

Deuxième recommandation : privilégiez l'acte notarié, même lorsqu'il n'est pas obligatoire. Seul l'acte notarié ouvre les actes de disposition — donations, ventes immobilières — qui font du mandat un véritable outil de planification successorale, et l'accompagnement du notaire garantit la précision des clauses dont dépend leur efficacité auprès des banques.

Troisième recommandation : organisez le contrôle dès la rédaction. Reddition de comptes périodique à un tiers, personne de confiance, signatures conjointes au-delà de certains seuils, mandataire subsidiaire et mandataire ad hoc en cas de conflit d'intérêts : ces clauses ne coûtent rien à insérer et évitent l'essentiel des difficultés d'exécution.

Quatrième recommandation : complétez le dispositif par une déclaration de préférence. Si, malgré tout, une protection judiciaire devait être mise en place, le juge de paix tiendra compte de votre choix pour la désignation de l'administrateur : la continuité entre votre mandataire et l'administrateur est ainsi préservée.

Cinquième recommandation : si vous disposez déjà d'un mandat désignant un mandataire appelé à agir à titre professionnel, faites-le auditer avant le 1er septembre 2027. La mise en conformité — modification du mandat ou inscription du professionnel au Registre national — doit être anticipée pour éviter toute inapplicabilité. Notre cabinet peut coordonner cet audit avec votre notaire.

Deg & Partners

Deg & Partners accompagne ses clients — entreprises, indépendants et familles — face aux évolutions législatives. N'hésitez pas à prendre contact avec notre équipe pour une analyse personnalisée de votre situation.


Références

¹ Loi du 17 mars 2013 réformant les régimes d'incapacité et instaurant un nouveau statut de protection conforme à la dignité humaine, M.B., 14 juin 2013 ; art. 488/1 et s. de l'ancien Code civil.
² L'enregistrement au Registre central des contrats de mandat, tenu par la Fédération royale du Notariat belge, conditionne la survie du mandat à l'incapacité du mandant.
³ Loi du 21 décembre 2018 portant des dispositions diverses en matière de justice, M.B., 31 décembre 2018 — extension du mandat aux actes relatifs à la personne, en vigueur depuis le 1er mars 2019.
⁴ Arrêté royal fixant la rémunération des administrateurs, en vigueur depuis le 1er juillet 2024 — montants indexés pour 2026.

Mots clés

Articles recommandés

Patrimoine et finance personnel
Paroles d’expert
Deg & Partners

Aider un enfant sans léser les autres: l'art de l'équilibre familial

Publié le 22 Aug 2026 à 04:15
Lecture de 9min