
Google a récemment annoncé le lancement de Personal Intelligence, une nouvelle fonctionnalité intégrée à son assistant d’intelligence artificielle Gemini. L’ambition est claire : rendre l’IA plus pertinente en lui permettant d’exploiter l’ensemble des données personnelles de l’utilisateur stockées dans l’écosystème Google.
Si cette évolution marque une avancée technologique majeure, elle soulève également des questions fondamentales en matière de protection des données, de conformité réglementaire et de responsabilité, qui concernent directement les professionnels du chiffre et du conseil.
Jusqu’à présent, les assistants d’IA fonctionnaient principalement sur la base de données génériques et d’instructions fournies explicitement par l’utilisateur. Avec Personal Intelligence, Google franchit une nouvelle étape : Gemini peut désormais croiser les requêtes avec les données personnelles existantes de l’utilisateur.
Sont notamment concernées :
L’objectif affiché est d’offrir des réponses contextualisées et sur mesure. Ainsi, une demande apparemment anodine – organiser un voyage, recommander un livre ou choisir un équipement – est enrichie par l’historique réel des préférences et comportements de l’utilisateur.
D’un point de vue fonctionnel, l’approche est cohérente. En disposant d’un contexte personnel riche, l’IA peut :
Dans une logique professionnelle, ce type de technologie pourrait, à terme, inspirer des usages avancés : assistants de gestion personnalisés, outils de pilotage adaptés au profil d’un dirigeant ou d’un indépendant, ou encore aide à la décision contextualisée.
Mais cette efficacité repose sur un principe central : l’accès étendu à des données personnelles parfois sensibles, ce qui constitue un changement de paradigme majeur.
Consciente des préoccupations suscitées, Google indique que :
Ces mécanismes traduisent une volonté d’encadrement, mais reposent largement sur la capacité de l’utilisateur à comprendre les implications réelles de son consentement.
Dans un contexte européen, et a fortiori belge, cette évolution appelle une analyse juridique rigoureuse. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) impose plusieurs principes clés :
L’exploitation transversale de photos, e-mails et historiques à des fins d’assistance conversationnelle pourrait se heurter à ces principes, en particulier si les usages évoluent progressivement au-delà de la finalité initialement annoncée.
Il n’est dès lors pas surprenant que Personal Intelligence soit, à ce stade, limité aux États-Unis, et proposé uniquement en version bêta à certains abonnés. Une introduction sur le marché européen supposerait très probablement des adaptations substantielles, voire un encadrement réglementaire renforcé.
Pour les experts-comptables et conseillers fiscaux, cette annonce dépasse le simple cadre technologique. Elle soulève des questions concrètes :
Dans un métier fondé sur la confidentialité, la déontologie et la responsabilité, l’usage d’IA hyper-personnalisées impose une prudence accrue et une séparation stricte entre sphère privée et sphère professionnelle.
Dimension | Opportunités | Points d’attention |
Qualité des réponses | Recommandations plus pertinentes | Dépendance accrue aux données personnelles |
Productivité | Gain de temps, contextualisation | Difficulté de contrôle des traitements |
Paramètres de désactivation annoncés | Consentement complexe à appréhender | |
Cadre légal UE | Innovation potentielle | Compatibilité RGPD incertaine |
Usage professionnel | Inspiration pour outils métiers | Risque déontologique et de responsabilité |
À ce stade, plusieurs lignes de conduite peuvent être dégagées :
Avec Personal Intelligence, Google illustre jusqu’où peut aller l’intelligence artificielle lorsqu’elle devient profondément personnalisée. Cette évolution ouvre des perspectives indéniables en matière d’efficacité, mais elle rappelle aussi que la donnée est devenue le cœur du pouvoir technologique.
Pour les experts-comptables, le défi est clair : comprendre ces innovations, en mesurer les apports potentiels, mais surtout en encadrer l’usage afin de préserver la confiance, la conformité et l’éthique professionnelle.