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Intelligence artificielle personnalisée: jusqu’où peut aller l’exploitation des données personnelles ?

Google a récemment annoncé le lancement de Personal Intelligence, une nouvelle fonctionnalité intégrée à son assistant d’intelligence artificielle Gemini. L’ambition est claire : rendre l’IA plus pertinente en lui permettant d’exploiter l’ensemble des données personnelles de l’utilisateur stockées dans l’écosystème Google.

Si cette évolution marque une avancée technologique majeure, elle soulève également des questions fondamentales en matière de protection des données, de conformité réglementaire et de responsabilité, qui concernent directement les professionnels du chiffre et du conseil.


1. De l’IA généraliste à l’IA individualisée

Jusqu’à présent, les assistants d’IA fonctionnaient principalement sur la base de données génériques et d’instructions fournies explicitement par l’utilisateur. Avec Personal Intelligence, Google franchit une nouvelle étape : Gemini peut désormais croiser les requêtes avec les données personnelles existantes de l’utilisateur.

Sont notamment concernées :

  • les e-mails (Gmail) ;
  • les photos stockées dans Google Photos ;
  • l’historique de recherche ;
  • l’historique YouTube ;
  • les informations personnelles communiquées volontairement à l’IA au fil des échanges.

L’objectif affiché est d’offrir des réponses contextualisées et sur mesure. Ainsi, une demande apparemment anodine – organiser un voyage, recommander un livre ou choisir un équipement – est enrichie par l’historique réel des préférences et comportements de l’utilisateur.


2. Une promesse d’efficacité… fondée sur une exploitation massive des données

D’un point de vue fonctionnel, l’approche est cohérente. En disposant d’un contexte personnel riche, l’IA peut :

  • éviter les questions redondantes ;
  • proposer des recommandations plus ciblées ;
  • anticiper certaines préférences ou contraintes.

Dans une logique professionnelle, ce type de technologie pourrait, à terme, inspirer des usages avancés : assistants de gestion personnalisés, outils de pilotage adaptés au profil d’un dirigeant ou d’un indépendant, ou encore aide à la décision contextualisée.

Mais cette efficacité repose sur un principe central : l’accès étendu à des données personnelles parfois sensibles, ce qui constitue un changement de paradigme majeur.


3. Les garde-fous annoncés par Google

Consciente des préoccupations suscitées, Google indique que :

  • l’utilisateur devra donner son consentement explicite ;
  • chaque source utilisée sera identifiée dans les réponses de Gemini ;
  • certaines applications pourront être désynchronisées ;
  • l’historique des interactions pourra être supprimé.

Ces mécanismes traduisent une volonté d’encadrement, mais reposent largement sur la capacité de l’utilisateur à comprendre les implications réelles de son consentement.


4. Une lecture européenne : RGPD, proportionnalité et finalité

Dans un contexte européen, et a fortiori belge, cette évolution appelle une analyse juridique rigoureuse. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) impose plusieurs principes clés :

  • finalité déterminée et légitime du traitement ;
  • minimisation des données ;
  • proportionnalité entre l’objectif poursuivi et les données utilisées ;
  • transparence et information claire des personnes concernées.

L’exploitation transversale de photos, e-mails et historiques à des fins d’assistance conversationnelle pourrait se heurter à ces principes, en particulier si les usages évoluent progressivement au-delà de la finalité initialement annoncée.

Il n’est dès lors pas surprenant que Personal Intelligence soit, à ce stade, limité aux États-Unis, et proposé uniquement en version bêta à certains abonnés. Une introduction sur le marché européen supposerait très probablement des adaptations substantielles, voire un encadrement réglementaire renforcé.


5. Enjeux spécifiques pour les experts-comptables

Pour les experts-comptables et conseillers fiscaux, cette annonce dépasse le simple cadre technologique. Elle soulève des questions concrètes :

  • Peut-on recommander l’usage de tels outils dans un cadre professionnel ?
  • Comment garantir la confidentialité des données clients si un assistant IA accède à des environnements mixtes (personnels et professionnels) ?
  • Qui porte la responsabilité en cas d’erreur, de fuite ou de traitement non conforme ?

Dans un métier fondé sur la confidentialité, la déontologie et la responsabilité, l’usage d’IA hyper-personnalisées impose une prudence accrue et une séparation stricte entre sphère privée et sphère professionnelle.


6. Tableau de synthèse – opportunités et risques

Dimension

Opportunités

Points d’attention

Qualité des réponses

Recommandations plus pertinentes

Dépendance accrue aux données personnelles

Productivité

Gain de temps, contextualisation

Difficulté de contrôle des traitements

Vie privée

Paramètres de désactivation annoncés

Consentement complexe à appréhender

Cadre légal UE

Innovation potentielle

Compatibilité RGPD incertaine

Usage professionnel

Inspiration pour outils métiers

Risque déontologique et de responsabilité


7. Recommandations pour la profession

À ce stade, plusieurs lignes de conduite peuvent être dégagées :

  • Rester vigilant quant à l’usage d’outils d’IA exploitant des données personnelles étendues ;
  • Distinguer strictement les usages privés et professionnels ;
  • Sensibiliser les clients aux enjeux de confidentialité et de souveraineté numérique ;
  • Anticiper l’évolution réglementaire européenne, qui sera déterminante pour l’adoption de ces technologies.


8. Conclusion

Avec Personal Intelligence, Google illustre jusqu’où peut aller l’intelligence artificielle lorsqu’elle devient profondément personnalisée. Cette évolution ouvre des perspectives indéniables en matière d’efficacité, mais elle rappelle aussi que la donnée est devenue le cœur du pouvoir technologique.

Pour les experts-comptables, le défi est clair : comprendre ces innovations, en mesurer les apports potentiels, mais surtout en encadrer l’usage afin de préserver la confiance, la conformité et l’éthique professionnelle.

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